jeudi 27 juin 2013

Usage et mise en scène du suicide dans les débats sociaux


Le collectif Ni Bonnes Ni Nonnes Ni Pigeonnes organise un happening le 26 juin à Paris: HAPPENING : " simulacre de PENDAISON qui symbolise le sacrifice des soignés ( manque de personnel ….) et des soignants ( burn out) sur l’autel de la rentabilité. Le suicide chez le soignant ..."

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Les « Ni Bonnes » pendues pour la cause


Un simulacre de pendaison pour dénoncer les mauvaises conditions de travail des soignants : les militantes de « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » ont voulu lancer un cri d’alarme, mercredi 26 juin, place de la Bourse à Paris.
infirmières manifestation
Happening de l'association NB3NP le 26 juin 2013 place de la Bourse à Paris - © ActuSoins
Elles sont alignées, la corde au cou, face au palais de la bourse. L’image se veut  explicite.
« On a choisi cette place pour illustrer ce sacrifice humain sur l’autel de la rentabilité : le sacrifice des soignants avec des suicides liés au burn-out et la mise en danger des patients par manque de personnel et de moyens » explique Sarah Guerlais, infirmière libérale et vice-présidente de « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » (NB3NP).
Visiblement, le message a su séduire les médias. Les journalistes et photographes sont presque aussi nombreux que la vingtaine de participants au happening.
Une vingtaine de suicides en 2012
Face aux six soignants « pendus », d’autres sont allongés dans des sacs mortuaires. « Le burn-out tue » peut-on lire sur l’un d’eux. NB3NP a recensé une vingtaine de suicides de soignants en 2012 en France.  Des drames liés aux mauvaises conditions de travail selon l’association.
A côté de ces cas extrêmes, les militants réunis place de la Bourse veulent aussi dénoncer toutes les atteintes au bien-être des soignants : les accidents de voiture liés à la fatigue, la dépression…
« On est là pour pousser un coup de gueule » affirme Jérémy Jouanne, infirmier libéral depuis trois ans après avoir passé plusieurs années en hôpital. « On fait face à une surcharge de travail. On est de moins en moins nombreuses mais on nous demande de plus en plus. On arrive à saturation » assure Claudine Ehles.
Aide-soignante en Ehpad, elle a fait le voyage depuis Strasbourg sur ses jours de congés pour participer à la manifestation. Une détermination rare. Seule une poignée de militants ont en effet fait le déplacement.


Les « Ni Bonnes » pendues pour la cause par ActuSoins

Quel avenir pour NB3NP ?
La faible mobilisation est frappante. Une petite quarantaine de membres et de sympathisants avaient confirmé leur participation à l’événement sur Facebook. Ils ont été moins d’une trentaine à faire le déplacement. Bien loin des quelques 150 manifestants réunis le 12 mai  à la Bastille lors de la journée internationale de l’infirmière.
Est-ce le signe d’une démobilisation ? « Il est vrai que c’est difficile de mobiliser les soignants car il y a la fatigue et la résignation. Et il y a peu de gens en repos car beaucoup de structures tournent en service minimum. Nous menons nos actions avec ceux qui sont disponibles et qui ont encore la force d’aller résister » argumente Sarah Guerlais, la vice-présidente de NB3NP.
En blouse blanche et la corde au cou, Claudine Ehles, l’aide-soignante strasbourgeoise, et Sandrine Falchier, infirmière en immunologie, confirment cet état de fait. « Mobiliser sans le soutien des syndicats, c’est difficile » admet l’une. « Parmi mes collègues, ça râle beaucoup mais ça ne veut pas vraiment se mobiliser » souligne l’autre.
Si l’association regroupe 34 565 membres sur son groupe Facebook, elle peine pour l’instant à transférer cet engouement sur le terrain.  Mais NB3NP promet plusieurs actions à travers la France cet été avant une action le 26 novembre pour la journée internationale de l’aide-soignante.
Concernant les pouvoirs publics, les « ni bonnes » refusent aussi de baisser les bras. Après un premier refus de la part de Marisol Touraine de les recevoir, elles ont renouvelé leur demande d’audience en s’associant, cette fois, avec la Coordination nationale infirmière. Elles seront reçues par la ministre le 9 juillet prochain.
Amélie Cano