jeudi 7 décembre 2017

Suicide et professionnels de santé : une nouvelle enquête SPS

Suicide et professionnels de santé : une nouvelle enquête SPS
source 
asso-sps.fr* communiqué du 6/12/2017

L’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) dévoile les résultats de sa nouvelle enquête réalisée sur le thème « Suicide et professionnels de santé ». Ces résultats confirment ceux obtenus dans des études précédentes. Ils démontrent la nécessité et l’urgence de mettre en place des solutions spécifiques et dédiées pour aider, accompagner et prendre en charge les professionnels de santé en
souffrance psychologique.


La suite des enquêtes menées en 2015 et 2016


L’enquête SPS réalisée sur le thème « Suicide et professionnels de santé »* fait suite à deux
études précédemment réalisées par Stéthos pour l’association SPS :
• l’une menée fin 2015 visant à évaluer la souffrance psychologique des professionnels de santé, en particulier les addictions à l’alcool, aux anxiolytiques et psychotropes,
• l’autre réalisée fin 2016 sur les vulnérabilités des professionnels de santé, dont l’objectif était notamment d’évaluer la connaissance des structures ou associations susceptibles d’apporter aide et soutien, et d’identifier les attentes des soignants.

Au cours de leur carrière professionnelle, un quart des soignants ont déjà eu des idées suicidaires du fait de leur travail.

Les professionnels de santé ayant répondu au questionnaire sont 25% à déclarer avoir déjà eu, par le passé au cours de leur carrière, des idées suicidaires en raison de leur travail. Cette proportion est retrouvée quels que soient la profession de santé, l’âge ou le sexe. La part de ceux qui ont répondu avoir des idées suicidaires est, en revanche, plus importante en milieu strictement rural.
Seulement 42% en avait parlé à quelqu’un (44% des médecins, 32% des pharmaciens, 29% des infirmier(ère)s). Il s’agissait, pour la moitié d’entre eux, d’un membre de leur famille, pour plus d’un tiers, d’un psychiatre en consultation, pour un tiers, d’un confrère ou d’un ami.
La majorité n’en avait donc parlé à personne. Ce constat révèle l’importance, pour les soignants, d’avoir désormais à disposition une plateforme d’appel dédiée, qui permet d’être écouté 24h/24 et 7 jours/7 et, si besoin, d’être orienté vers des soins adaptés.

Le suicide d’un confrère peut affecter la confiance et la qualité des soins
Les soignants interrogés sont plus de 40% à connaître, autour d’eux, un confrère qui a fait une
tentative de suicide. Chaque professionnel rapporte, en moyenne, près de 2,5 tentatives dans
son entourage, dont la moitié a abouti à un décès.
Pour la moitié des répondants, le suicide d’un confrère peut remettre en question la confi ance
qu’ils ont en eux et la qualité de leurs soins. Pour un tiers, leur implication dans le travail pourrait
également être affectée.
Ils sont, d’autre part, plus de la moitié à penser que le suicide d’un professionnel de santé peut
favoriser d’autres suicides.

Le recours à un spécialiste ou à une plateforme d’écoute : les solutions d’aide privilégiées
Plus d’un quart des professionnels ayant répondu à l’enquête connaît, dans son entourage, des
soignants à risque suicidaire. Chaque professionnel affirme connaître, en moyenne, 2 confrères
présentant ce risque.


Quels conseils apporteraient-ils à leurs confrères à risque suicidaire pour les aider ? La consul-
tation d’un psychiatre ou d’un psychologue (respectivement 66% et 50%) et l’appel d’une plate-
forme spécifi quement dédiée (52%) sont largement plébiscités. Quel conseil placent-ils en pre-
mier ? La consultation d’un psychiatre pour 31% des répondants, le recours à une plateforme
d’écoute téléphonique pour 28% d’entre eux.
Ces résultats montrent que les soignants privilégient, pour l’aide en cas de diffi cultés psycholo-
giques, le contact humain tout en mettant en avant l’intérêt d’une plateforme d’écoute, de sou-
tien et d’accompagnement disponible à chaque fois que nécessaire.
Relations médias : Agence ACS, Catherine Cornibert – 06 12 55 00 72 – c.cornibert@ac-sante.com

* Plus de 700 professionnels de santé ont répondu au questionnaire de l’enquête entre le 15 octobre et le 20 novembre 2017. Parmi  eux, 66,5% de médecins, 16% de pharmaciens, 7,5% d’infi rmier(ère)s, 10% d’autres professionnels (aides-soignants, chirurgiens-dentistes, masseurs kinésithérapeutes, sages femme, orthophonistes, orthoptistes, pédicures, podologues, psychologues, étudiants).
Un peu plus de la moitié sont des hommes et exercent exclusivement en libéral. La grande majorité pratiquent leur exercice en milieu urbain. Âge moyen : 51 ans. Enquête menée gracieusement avec le concours de la société Karapace (société tiers de confiance)
afin d’assurer un anonymat total concernant les références récoltées. Support logistique offert par Exafield.


A propose de SPS :
L’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) a pour origine le rassemblement d’un groupe d’experts souhaitant partager et défendre la santé des professionnels de santé rendus vulnérables. Son objectif est de susciter une véritable prise de conscience et de proposer des actions concrètes pour optimiser leur parcours de santé, notamment le repérage, l’orientation et la prise en charge des professionnels de santé en souffrance.
Elle organise tous les ans un colloque national qui rassemble des personnalités du monde de la santé souhaitant partager leurs expériences et les actions engagées en faveur de la protection des soignants vulnérables.
Plus d’informations :
www.asso-sps.fr

Source  http://www.asso-sps.fr/assets/communique-presse-1217-enquete-suicide.pdf


Autre communiqués de presse  

0612/2017
Association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) : des actions concrètes pour les professionnels de santé en souffrance
Après deux années d’existence, l’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) a engagé plusieurs actions concrètes en matière de repérage, d’orientation et de prise en charge des professionnels de santé en souffrance psychologique.  TÉLÉCHARGER


COMMUNIQUÉ DE PRESSE - 0612/2017  Se former pour accompagner les soignants en souffrance
L’association Soins aux professionnels de santé (SPS) organise des sessions de formation pour les praticiens qui accompagnent et soutiennent en ambulatoire des soignants rendus vulnérables. 
TÉLÉCHARGER


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ARTICLES SUR LE SUJET



VIDEOSuicide des soignants : un généraliste exhorte Buzyn à financer des actions de prévention
Amandine Le Blanc
| 06.12.2017

« On ne peut plus dire qu’on ne sait pas. » En tout cas, c’est ce qu’espère le Dr Éric Henry, généraliste dans le Morbihan et président de l’association Soins aux professionnels de santé, qui vient en aide aux soignants en souffrance dans leur travail. À l’occasion de son 3e colloque qui aura lieu lundi à Paris, l’association vient en effet de sortir une étude qui montre qu’un médecin sur quatre a déjà eu des pensées suicidaires. Ils sont encore plus nombreux (46 %) à connaître des professionnels de santé ayant fait des tentatives de suicide. Une fois le constat posé, qu’est ce qu’on fait ?
Faire bouger les lignes
Le Dr Henry estime que depuis longtemps la réponse a trop souvent été : pas grand-chose. « J’ai la sensation que ce dossier est immobile. Il faut remettre le mot suicide sur le haut de la pile, en faire un enjeu de santé publique » explique-t-il. Son but aujourd’hui est notamment de former les professionnels à repérer leurs confrères qui présentent un risque suicidaire, « faire émerger des sentinelles dans la population ». Pour ensuite les orienter vers les différentes structures mises en place par SPS : plateforme d’écoute, unités de soins dédiées, hospitalisation de jour etc.
[VIDEO] : Après les résultats édifiants de l’enquête, quelles actions voulez-vous faire émerger ?
https://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2017/12/06/suicide-des-soignants-un-generaliste-exhorte-buzyn-a-financer-des-actions-de-prevention_313008
Le nerf de la guerre pour faire avancer cette cause c’est aussi l’argent. C’est pourquoi le Dr Éric Henry lance un appel à Agnès Buzyn pour mettre réellement les moyens pour la prévention du suicide comme cela a été fait auparavant pour d’autres grandes causes.
[VIDEO] : « S’il vous plaît, mettez le même budget investi pour la prévention routière sur la prévention du risque suicidaire »
 https://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2017/12/06/suicide-des-soignants-un-generaliste-exhorte-buzyn-a-financer-des-actions-de-prevention_313008
L'argent est aussi le nerf de la guerre pour l’association SPS qui a fonctionné cette année grâce à un budget versé par la Cnamts : 80 000 euros, puis une rallonge de 30 000 euros en fin d’année. « Un appel sur notre plateforme d’écoute nous coûte 80 euros » explique Catherine Cornibert, directrice de la communication de l'association. Pour répondre à tous les appels sept jours sur sept, 24 heures sur 24, 60 psychologues libéraux sont rémunérés par l’association.
Trois quarts des appelants sont des femmes
Depuis l’ouverture de la plateforme d’écoute il y a un an, 1 800 appels ont été reçus. Les infirmiers sont les plus nombreux (32,8 %), mais beaucoup de médecins s’adressent aussi à SPS : 417 depuis le début, soit 28,3 % des appels. Sur la plateforme, toutes professions confondues, les appelants sont 75 % de femmes et 36 % de libéraux. Si en nombre, les appels viennent logiquement plus fréquemment d’Ile-de-France, les régions Auvergne Rhône-Alpes, Bretagne, Grand-Est, Hauts-de-France et Aquitaine concentrent également de nombreux appels. Quant aux raisons qui poussent les professionnels de santé à décrocher leur téléphone, dans plus d’un quart des cas, il est question d’épuisement professionnel. Viennent ensuite : les demandes d’information (12 %), les conflits avec la hiérarchie (11 %), les problèmes de santé (7 %) ou dénoncer les mauvaises conditions de travail (6 %).
Source : Legeneraliste.fr
https://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2017/12/06/suicide-des-soignants-un-generaliste-exhorte-buzyn-a-financer-des-actions-de-prevention_313008


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Les soignants face au suicide : un impact lourd sur la pratique

7 décembre 2017 | Laure Martin  http://www.actusoins.com*

L’Association Soins aux professionnels de santé (SPS) a mené une enquête(1) auprès des soignants sur le thème « Suicide et professionnels de santé » dont elle a dévoilé les résultats le 6 décembre. Ils démontrent l’urgence de mettre en place des solutions dédiées pour aider les soignants.

Les 710 professionnels de santé ayant répondu à l’enquête, parmi lesquels 53 infirmières connaissent 762 confrères ayant fait une tentative de suicide dont 378 sont parvenus à leur fin. Les infirmières sont en effet 36 % à avoir déclaré connaître 1.58 personnes à risques suicidaires. Les médecins sont 29 %, quant aux pharmaciens 23 %. « Il faudrait donner aux infirmières un rôle plus étendu, a suggéré le Dr Eric Henry, président de l’association SPS.  Elles pourraient être des sentinelles car en endossant cette mission, cela permettrait d’aller au contact de personnes qui ne vont pas bien. C’est ce genre d’actions que SPS souhaiter engager. »
Les conséquences sur l’exercice
SPS a voulu savoir si cet acte d’un confrère avait eu un impact sur la pratique des soignants. 54 % des infirmières, 56 % des médecins et 57 % des pharmaciens ont reconnu que cela « avait ébranlé la confiance qu’ils avaient en eux », a annoncé le Dr Eric Henry. Cet événement rejaillit également sur leur implication dans leur travail pour 72 % des infirmières, 67 % des médecins et 66 % des pharmaciens. « D’autres études devront être menées pour approfondir la façon dont les soignants sont impactés dans leur travail », a reconnu le Dr Henry. Ce geste d’un confrère a également eu un impact sur l’organisation du travail pour 71 % des infirmières et la qualité des soins dispensés pour 52 % des infirmières. 
Quels conseils donneraient-ils face à un confrère à risques suicidaire ? Les infirmières ont répondu à 75 % qu’elles l’orienteraient vers un psychologue, à 66 % vers une plateforme téléphonique, à 43 % vers un psychiatre, à 42 % vers un médecin généraliste formé à la prise en charge des soignants et à 25 % vers une unité dédiée.
26 % des infirmières ont des pensées suicidaires
Pour finir, SPS a souhaité savoir si les répondants avaient eux-mêmes déjà eu des pensées suicidaires et 26 % des infirmières ont répondu oui. C’est le cas aussi pour 25 % des médecins et des pharmaciens. 49 % d’entre eux en ont parlé à un membre de leur famille, 37 % à un psychiatre en consultation,  33 % à un confrère, 29 % à un ami et 16 % à un psychiatre en consultation.
« Nous voulons que les professionnels de santé se saisissent de cette question du suicide, pour eux, puis que cela devienne un enjeu de santé publique, un sujet national, a fait savoir le Dr Henry. Il faut arrêter de seulement quantifier. Il faut ensuite agir. » Et de conclure : « Nous ne savons pas comment le ministère de la Santé va réagir face à ces chiffres. Maintenant, que va-t-il en faire… ? »
Laure Martin
(1)L’enquête a été menée entre le 15 octobre et le 20 novembre 2017. Sur les 710 répondants, 66.5 % sont médecins, 16 % pharmaciens, 7.5 % infirmiers et 10 % exercent une autre profession. Un peu plus de la moitié sont des hommes et exercent exclusivement en libéral. La grande majorité pratiquent leur exercice en milieu urbain

 http://www.actusoins.com/295543/soignants-face-suicide-impact-lourd-pratique.html

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INFOS ET ACTUALITES
Suicide et professionnels de santé : le poids des chiffres
par Bernadette Fabregas. infirmiers.com*

Stress, souffrance, vulnérabilité, épuisement, burn-out, suicide... depuis des années maintenant ces termes impactent dangereusement les professionnels de santé. Alors qu'ils vivent des conditions de travail déliquescentes, ils n'ont de cesse de les dénoncer et d'espérer des améliorations concrètes qui influeront positivement sur leur qualité de vie au travail en chute libre. L'association Soins aux Professionnels de Santé (SPS) dévoile aujourd'hui les résultats d'une nouvelle étude sur le thème "Suicide et professionnels de santé". Les chiffres sont bien là : un quart des soignants interrogés ont déjà eu des idées suicidaires du fait de leur travail au cours de leur carrière. Au-delà du constat, reste la question des ressources disponibles et des actions concrètes à mener ; actions que l'association SPS souhaitent mettre en oeuvre au plus tôt face à cet enjeu de santé publique, véritable "urgence sanitaire", que constitue la souffrance des soignants. 


Au-delà des paroles et autres annonces et missions, les professionnels de santé veulent des actes pour prendre en compte la souffrance au travail et éviter ainsi les gestes désespérés...
Les soignants sont vulnérables et leur moral est au plus bas. Le contexte est de plus en plus dur quand il n'est pas dramatique : dégradation des conditions de travail, valeurs soignantes piétinées, pénibilité non reconnue, burn-out, suicides... sans parler des grilles salariales peu conformes au niveau de responsabilité des infirmiers et de la réingénierie des diplômes de spécialités en stand-by... Les témoignages et autres enquêtes sur le sujet se succèdent et en attestent. Déjà, en 2015, la première étude menée par l'association SPS visait à évaluer la souffrance psychologique des professionnels de santé, en particulier les addictions à l'alcool, aux anxiolytiques et psychotropes. La deuxième étude, effectuée en 2016, évaluait la connaissance qu'ont les soignants des structures ou associations susceptibles de les soutenir en cas de souffrance psychologique, mais aussi d'identifier leurs attentes en termes d'aides, de services et d'interlocuteurs.
L’épuisement professionnel des soignants est une maladie de l’âme en deuil de son idéal.
Cette nouvelle étude "Suicide et professionnels de santé" qui a mobilisé quelque 700 répondants1 - médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, salariés comme libéraux - démontre et confirme le besoin urgent de ressources dédiées pour aider, accompagner et prendre en charge les professionnels de santé en souffrance psychologique a souligné le Dr Éric Henry, président de l'association Soins aux Professionnels de la Santé. En effet, il ressort qu'au cours de leur carrière professionnelle, un quart des soignants ont déjà eu des idées suicidaires du fait de leur travail. Cette proportion est retrouvée quels que soient la profession de santé, l'âge ou le sexe. Cependant, la part de ceux qui ont répondu avoir eu des idées suicidaires est en revanche plus importante en milieu strictement rural. Faut-il suggérer que le fait de vivre dans des grandes villes est un facteur protecteur contre les idées suicidaires chez les soignants ? a poursuivi Eric Henry.
Mais un soignant qui souffre, partage-t-il sa souffrance et avec qui ? L'enquête souligne que seuls 42% en avaient parlé à quelqu'un (29% chez les infirmiers). Pour la moitié d'entre eux, il s'agissait d'un membre de leur famille, pour plus d'un tiers, d'un psychiatre en consultation, pour un tiers, d'un confrère ou d'un ami. Ce constat révèle l'importance pour les soignants d'avoir désormais à disposition une plateforme d'appel dédiée - 0805 23 23 36 - ,qui permet d'être écoutés 24h/24 et 7j/7 et, si besoin, d'être orientés vers des soins adaptés a poursuivi Eric Henry. Une interrogation néanmoins, si la majorité des soignants ne parlent pas de leur souffrance, c'est peut-être aussi qu'ils n'arrivent pas à l'assumer et encore moins à la formuler. Les soignants ont une forte propention à montrer coûte que coûte qu'ils vont bien plutôt qu'avouer ce qu'ils considèrent souvent comme une faiblesse qui peut les culpabiliser dans leur mission de soignant.
Le suicide d'un confrère, d'un pair, peut également affecter la confiance du soignant et la qualité des soins qui en découle.
Les soignants interrogés sont plus de 40% à connaître, autour d'eux, un confrère qui a fait une tentative de suicide. Chaque professionnel rapporte, en moyenne, près de 2,5 tentatives dans son entourage, dont la moitié a abouti à un décès. Dans le prolongement, ils sont plus de la moitié à penser que le suicide d'un professionnel de santé peut favoriser d'autres suicides. Le Dr Eric Henry l'a souligné, 710 professionnels de santé connaissent 762 confrères ayant fait une tentative de suicide, c'est suffisamment explicite pour se dire que maintenant on ne peut plus seulement aligner des chiffres mais passer réellement à l'action....
Ces chiffres posent la question des ressources disponibles ou à mettre en oeuvre afin d'aider ces professionnels de santé en souffrance et d'arrêter le processus qui peut les conduire à l'acte suicidaire car là est bien le but : prévenir. En la matière, la consultation d'un psychiatre ou d'un psychologue (66% et 50%) et l'appel d'une plateforme spécifiquement dédiée (52%) sont largement plebiscités. Les professioonnels de santé placent en premier la consultation d'un psychiatre pour 31% des répondants, le recours à une plateforme téléphonique pour 28% d'entre eux. L’association a, par ailleurs, recensé sur le territoire les unités dédiées (8 autorisées par les ARS) et lieux d’hospitalisation de jour permettant d’accueillir et prendre en charge les soignants en grande souffrance.
On le voit, si le contact humain est indispensable en cas de difficultés psychologiques, au-delà, des ressources "dédiées" avec des professionnels formés à l'écoute s'avèrent indispensables. La médecine du travail comme ressource pour le professionnel en souffrance n'apparaît pas citée, sans doute car elle concerne l'institution dans laquelle il évolue et peut ainsi le fragiliser s'il "avoue" ses difficultés... L’association SPS met ainsi en oeuvre des actions pour répertorier et former les médecins généralistes souhaitant accompagner et soutenir en ambulatoire des professionnels de santé rendus vulnérables. Intitulé "Repérage et prise en charge des soignants rendus vulnérables par leur travail", le premier module de la formation SPS se déroulera à Paris en janvier 20182. Il aura pour objectif de doter les membres du Réseau National de soignants en ambulatoire, de repères et d’outils communs, et de permettre à chacun de se situer au sein du dispositif global élaboré par l’association (plateforme téléphonique, maillage national de soignants en ambulatoire, unités dédiées d’hospitalisation).
Et de rappeler que depuis sa mise en place en novembre 2017, l'association SPS a déjà enregistré plus de 1 800 appels. Les appelants sont en majorité des femmes (les trois-quarts). Une moitié est salariée, un tiers travaille en libéral. Les professions les plus représentées sont les infirmiers (un tiers), les médecins (30%), les aides-soignants (15%), les pharmaciens (7%) et les dentistes (5%). SPS rappelle que parmi les motifs d’appels, l’épuisement professionnel arrive en tête (un quart des appelants) suivi par les demandes d’informations, les conflits avec la hiérarchie, les dénonciations des conditions de travail, les problèmes de santé (TMS…), la démotivation, les conflits avec un collègue, les ressentis de harcèlement. Pour le Dr Henry, ce bilan après un an témoigne du réel besoin d’écoute et de soutien des professionnels de santé en souffrance et démontre l’importance de la mise à disposition d’une structure qui leur assure un accompagnement et une orientation chaque fois que nécessaire.
Ces chiffres posent la question des ressources disponibles ou à mettre en oeuvre afin d'aider ces professionnels de santé en souffrance et d'arrêter le processus qui peut les conduire à l'acte suicidaire car là est bien le but : prévenir.
Les résultats de cette enquête doivent éclairer les pouvoirs publics et les tutelles de santé sur ce qui constitue aujourd'hui un véritable enjeu de santé publique. Le mot "suicide" ne doit plus être tabou d'autant lorsqu'il concerne des professionnels qui ont fait le choix de soigner autrui dans un engagement quotidien qui n'est pas toujours valorisé comme il le devrait. Il faut arrêter de compter et agir. En 2018, SPS passera à l’action de façon plus massive, au travers de la formation des soignants mais aussi de la dédramatisation des mots « pensées suicidaires », « suicidants » et « suicide ». Tous les acteurs de la santé doivent être convaincus de l’importance de ne plus attendre et se mobiliser dans un même but : chercher, trouver rapidement des solutions et agir. Il y a urgence !, résume Eric Henry. Chaque professionnel de santé doit ainsi devenir une "sentinelle" pour autrui sur cette question de la souffrance psychologique, que ce soit en secteur hospitalier, libéral et, au-delà, dans son cercle familial, amical, social.
En tant que soignant, c'est compliqué de garder une distance où il ne va rien nous arriver et où on ne va pas un moment être impacté par ce qu'on fait.
Le 11 décembre prochain, au ministère de la Santé, à Paris, le 3e Colloque national à l'initiative de l'association SPS sera une suite logique dans ce parcours vers une meilleure compréhension et une meilleure prise en charge de la souffrance du soignant. Intitulé "Soigner les professionnels de santé rendus vulnérables. Quelles innovations dans la prise en charge des soignants en souffrance ?", son objectif sera notamment de répondre à cette question d’importance : comment passer du soutien et de l’accompagnement de quelques-uns à l’aide pour l’ensemble de la profession. Un beau défi qui, nous l'espérons, d'autant que le colloque se passe au ministère de la santé, saura retenir l'attention d'Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. En effet, déjà nommé par Marisol Touraine médiateur national pour la prévention des risques psychosociaux à l'hôpital, Édouard Couty a été chargé en parallèle par Agnès Buzyn d'une nouvelle « mission de préfiguration d'un dispositif de médiation » sur les conditions de travail des soignants au sens large. La ministre des Solidarités et de la Santé a également proposé au Dr Donata Marra, une autre spécialiste du secteur, une seconde mission sur les facteurs relatifs à la qualité de vie au travail des étudiants en santé. La formation continue [des soignants, NDLR] doit être revue pour mieux intégrer la qualité de vie au travail, la prévention et les risques psychosociaux, a-t-elle indiqué. Je souhaite m’inscrire dans la continuité des orientations prises dans la stratégie nationale « Prendre soin de ceux qui nous soignent » pour améliorer la qualité de vie au travail des professionnels de santé. Les actions concrètes - au-delà des paroles et autres annonces et missions, les professionnels de santé veulent des actes...-  menées 2018 seront là pour en témoigner... ou pas !
1- Plus de 700 professionnels de santé ont répondu au questionnaire de l'enquête entre le 15 octobre et le 20 novembre 2017. Parmi eux, 66.5% de médecins, 16% de pharmaciens, 7.5% d'infirmier(e)s, 10% d'autres professionnels (aides-soignants, chirurgiens-dentistes, masseurs kinésithérapeutes, sages-femmes, orthophonistes, orthoptistes, pédicures, podologues, psychologues, étudiants). Un peu plus de la moitié sont des hommes et exercent exclusivement en libéral. La grande majorité pratiquent leur exercice en milieu urbain. Age moyen : 51 ans.
2- Les 11 et 12 janvier, les 18 et 19 janvier ou les 25 et 26 janvier 2018 (2 journées, au choix des participants).
Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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25 % des médecins ont déjà eu des idées suicidaires en raison de leur travail
Loan Tranthimy 05.12.2017

C'est une nouvelle enquête qui risque de faire du bruit dans la profession. Au cours de leur carrière, un quart des soignants (25 % des médecins et des pharmaciens, 26 % des infirmières) ont déjà eu des idées suicidaires en raison de leur travail, révèle une enquête* exclusive de l'association Soins aux professionnels de Santé (SPS) sur ce sujet tabou, qui sera présentée ce mercredi.
« Nous voulons montrer que le suicide, sujet tabou dans la société, existe chez les professionnels de santé et en particulier chez les médecins. Le sondage le démontre », explique au « Quotidien » le Dr Éric Henry, président de l'association Soins aux professionnels de santé (SPS) et ancien patron du SML.
Consacrée pour la première fois à la quantification du suicide (et non pas seulement à la souffrance ou à la vulnérabilité des soignants), cette étude avait pour objectif de « quantifier le nombre de suicides et de comportements suicidaires, ainsi que l'impact du suicide sur l'entourage du professionnel de santé ».
Plutôt des hommes, libéraux exclusifs et ruraux
Parmi les 710 professionnels ayant répondu à l'enquête, 472 sont des médecins – dont 47 % libéraux exclusifs, 36 % hospitaliers et 17 % à exercice mixte. Le résultat est spectaculaire : un praticien sur quatre affirme avoir déjà eu lui-même « des idées suicidaires dont l'origine était toute ou en partie d'ordre professionnel ».
Même si ce chiffre ne recoupe évidemment pas un projet de suicide, et encore moins un passage à l'acte, le taux est suffisamment élevé pour alerter une nouvelle fois sur l'exposition particulièrement élevée du corps médical au suicide, déjà pointée par quelques études. En juin dernier, les jeunes internes avaient dévoilé les résultats édifiants d'une vaste enquête nationale sur les idées suicidaires chez les futurs médecins, avec ce même résultat : un futur médecin sur quatre a pensé au suicide.
Quel est le « profil » de ce quart de praticiens installés ayant eu des pensées suicidaires ? Ils sont plus souvent des hommes (27 %), dans la tranche d'âge 20-45 ans (27 %), libéraux exclusifs (28 %) plutôt qu'hospitaliers (20 %) et surtout exerçant en zone rurale (39 %). « La surcharge de travail peut expliquer en partie les idées suicidaires », avance le Dr Éric Henry, président de l'association SPS.
Repli sur soi
Confrontées à des idées suicidaires, seuls 44 % des médecins reconnaissent en avoir parlé à quelqu'un, ce qui signifie que la majorité garde le silence. Quand il décide de communiquer, le praticien en détresse se tourne en priorité vers un membre de sa famille (52 %), un psychiatre en consultation (38 %), un confrère (35 %), un ami (31 %) ou un psychologue (15 %).
Autre enseignement majeur : près d'un médecin sur deux (46 %) connaît autour de lui des confrères qui ont déjà fait une tentative de suicide, autre confirmation que le sujet est très présent. Chaque professionnel (médecin, pharmacien, infirmière) rapporte en moyenne 2,5 tentatives dans son entourage (et même 2,85 pour les médecins). Et « près d'une tentative sur deux a abouti au décès », souligne, catastrophé, le Dr Henry. Plus inquiétant encore, 29 % des médecins (36 % des infirmières) déclarent connaître « aujourd'hui » des confrères « à risque suicidaire » dans leur entourage (environ deux en moyenne…).
Ces chiffres sont d'autant plus préoccupants que, pour tout professionnel de santé, le suicide d'un confrère a un impact sur son propre exercice. Cela altère la confiance du médecin en lui-même (dans 56 % des cas) et son implication dans le travail (67 %), l'organisation du travail (72 %) et même la qualité des soins (53 %). « Il faut affiner encore pour connaître le degré de cet impact », admet le Dr Henry.
Sentinelle
Comment venir en aide à un confrère en détresse, à risque suicidaire ? Les médecins sondés ont classé leurs conseils : la consultation auprès d'un psychiatre est plébiscitée (72 %), devant le recours à une plateforme d'écoute téléphonique dédiée (47 %), la consultation d'un psychologue (43 %), du médecin traitant (46 %) et l'orientation vers un généraliste formé à la prise en charge des soignants (25 %).
Le Dr Henry veut croire qu'il y a désormais une meilleure connaissance des dispositifs d'aide aux praticiens en souffrance. « Il y a quelques années encore, aucun médecin n'aurait cité la plateforme d'écoute ou encore moins le psychologue », assure-t-il, plaidant en faveur de la structure d'écoute dédiée mise en place par l'association SPS.
Pour l'association, cette enquête doit surtout permettre de réveiller les consciences. Il y a quelques jours, le Dr Patrick Bouet, président de l'Ordre des médecins, a signé une convention d'entraide avec la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) et le centre national de gestion (CNG, qui gère les carrières hospitalières) : les partenaires ont promis de leur côté un numéro d'appel unique dès 2018 pour tous les carabins et praticiens en souffrance.
* Enquête menée (entre le 15 octobre et le 20 novembre) avec le concours de la société Karapace afin d'assurer un anonymat. Plus de 700 professionnels de santé (51 ans en moyenne) ont répondu au questionnaire. Support logistique par Exafield.
https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/12/05/25-des-medecins-ont-deja-eu-des-idees-suicidaires-en-raison-de-leur-travail_853103

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