lundi 13 novembre 2017

USA Pamela Wible, le médecin qui a analysé 547 lettres de confrères suicidants

Le Quotidien du Médecin
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Pamela Wible, le médecin qui a analysé 547 lettres de confrères suicidants
Travail - Burn out

Porte-parole des médecins en souffrance, le Dr Pamela Wible a recueilli 547 lettres de praticiens suicidants. Tous ne sont pas passés à l'acte. Mais l'analyse de ces textes permet de mettre à jour les déterminants de la souffrance des praticiens américains et britanniques. Le Dr Wible propose à titre individuel une réflexion sur les pistes d'amélioration des conditions d'études et d'exercice de la médecine.

Comment Pamela Wible est devenue l'un des porte-parole de la souffrance des soignants aux Etats-Unis ? Un peu par hasard à l'en croire. Cette fille de famille de médecins et de comédiens a subi un passage à vide pendant ses études de médecine. À cette époque, elle a pensé au suicide. Mais grâce à une psychothérapie, elle a pu continuer son cursus.

Diplômée de médecine générale, elle a choisi un exercice dans un centre de soins spécifiquement mis en place après analyse de la demande des potentiels patients. Mais un jour de 2010, alors qu'elle assistait au service funéraire du troisième de ses confrères de son entourage qui était décédé par suicide en moins d'un an, elle a commencé à recueillir des témoignages de familles afin de mieux comprendre ce qui avait poussé les médecins à bout.

Pamela Wible précise bien qu'elle n'est pas psychiatre, mais que ce sujet s'est imposé à elle en raison de son curriculum privé et du silence, voire du tabou entourant les décès de médecins. Pourtant, aux Etats-Unis, on sait depuis 1858 que le taux de suicide chez les médecins est particulièrement élevé.

« Chaque année, 300 à 400 médecins ayant chacun une patientèle moyenne de 2 600 personnes se suicident. Ce sont donc plus de 500 000 Américains qui perdent chaque année leur médecin, et nombre d'entre eux ne sont pas informés de la véritable raison. On leur parle de « mort brutale », « inattendue » mais les universités, les établissements de soins, les sociétés savantes, les confrères et souvent les familles évitent le sujet », explique le Dr Wible.

Un écho inattendu dans la communauté médicale

Le tournant dans la vie du Dr Wible vient de son passage dans une conférence organisée par une association TEDMED qui a pour but de partager des idées innovantes en santé. Son sujet, développé en 2015 s'intitulait « Pourquoi les médecins attentent à leurs jours ? ».

En moins de 15 minutes, elle pose les bases d'une réflexion sur la mort provoquée des médecins. Son intervention est ponctuée de lecture de lettres de suicidants.

À la suite de cette conférence, qui a été visionnée sur You Tube par plus de 350 000 personnes, le Dr Wible a bénéficié de relais dans la presse où elle a été la première à parler ouvertement de l'extrême détresse de certains de ses confrères. Dans ce pays où les médecins sont reconnus par la population comme des privilégiés, son témoignage a interpellé.

C'est en partie pour cette raison qu'elle est devenue la récipiendaire d'un nombre important de courriers émanant de médecins suicidants ou de leur famille. Elle-même a été surprise de l'écho de son initiative auprès de la communauté médicale.

Des déterminants communs suivant la progression de carrière

En 2016, elle a procédé à une analyse des 547 lettres reçues. Si elle reconnaît la part des causes personnelles dans la détresse des praticiens - divorce, maladie... - elle met en avant tout ce que la profession choisie peut induire comme psycho-traumatisme.

- À partir de lettres de jeunes étudiants, elle souligne la distance entre les déterminants de la vocation et la réalité des études.

- En se fondant sur les écrits d'internes, elle parle de la violence institutionnelle subie : la privation de sommeil qui s'apparente à une véritable torture, l'humiliation par les maîtres, la stigmatisation des étudiants qui ne rentrent pas dans le moule (notamment des communautés étudiantes appelées « fraternities »), la souffrance de l'absence de référents professionnels...

- Les médecins en début de carrière lui ont exposé leurs incertitudes liées à leurs conditions d'emploi et à la nécessité de rembourser les prêts qui leur ont servi à financer leurs études. Ils parlent aussi d'objectifs de consultations (une toutes les 7 à 12 minutes) imposées par leurs établissements de soins mais qui ne leur permettent pas de passer le temps qu'ils estiment nécessaire auprès des patients. - Enfin, les témoignages de médecins seniors permettent de remettre en perspective cette obligation de bonheur qu'oppose la société américaine aux personnes qui gagnent bien leur vie.

Une sélection des lettres a été publiée fin 2016. Le livre « Physician Suicide Letters » est resté pendant un mois le livre de médecine le plus vendu aux Etats-Unis. Aujourd'hui, le Dr Wible propose la mise en place d'un plan national de prévention du suicide des médecins. Elle propose de déstigmatiser les pathologies mentales, et en particulier la dépression au cours des études et par la suite de faire évaluer régulièrement l'état émotionnel et social du médecin, via la participation à des groupes de parole. Elle suggère aussi un examen annuel anonymisé avec une évaluation de l'état mental et un dépistage des addictions. Enfin, elle réclame la mise en place de centres dédiés aux soignants.

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