vendredi 15 décembre 2017

Un court métrage d’animation français qui parle de la santé mentale



MISE A JOUR CRITIQUES DEBATS ETUDE RECHERCHE USA L'apprentissage automatique des représentations neuronales du suicide et des concepts émotionnels & identification des jeunes suicidaires.



L'apprentissage automatique des représentations neuronales du suicide et des concepts émotionnels & identification des jeunes suicidaires.
Mis à jour du post du 31/10  rajout  CRITIQUES DÉBATS DISCUSSIONS AUTOUR DE L’ÉTUDE

Article "Un algorithme est parvenu à identifier des personnes aux idées suicidaires"  Par  Cécile Thibert   Publié sur sante.lefigaro.fr*

L’ordinateur a également réussi à distinguer du groupe les personnes ayant tenté de mettre fin à leurs jours.
Cela ressemble à un scénario de science-fiction. Des chercheurs du département de psychologie de l’Université Carnegie Mellon à Pittsburgh (Etats-Unis) ont mis au point un algorithme capable d’identifier, dans 90% des cas, les personnes ayant des idées suicidaires. Et ce n’est pas tout. La machine a également réussi à repérer, au sein du groupe, celles ayant déjà fait une tentative de suicide. Ces résultats déconcertants ont été publiés le 30 octobre dans la revue Nature Human Behavior.
En pratique, les chercheurs ont enrôlé 17 jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans, ayant récemment fait part de leurs idées suicidaires à leur psychologue. Dans le même temps, ils ont proposé à 17 autres personnes en bonne santé mentale («neurotypiques») de participer à l’étude. Ils ont ensuite fait passer à chacun des 34 participants une IRM fonctionnelle (imagerie par résonance magnétique). Cet examen - qui ne présente aucun danger car il n’utilise pas de rayons X — permet d’explorer en direct l’activité cérébrale, par le biais de l’observation de l’afflux de sang oxygéné.
Une fois dans l’appareil d’IRM - sorte de tube de deux mètres de long - les participants ont vu s’afficher sur un écran 30 mots les uns à la suite des autres. Certains mots étaient positifs («insouciance», «vitalité», «gentillesse»,...), d’autres négatifs («cruauté», «inquiet», «obscurité»,...) et 10 mots étaient spécifiquement associés au suicide et à la mort («sans espoir», «funèbre», «désespéré»). Les chercheurs ont alors demandé aux participants de réfléchir à chaque mot tandis que, dans le même temps, ils observaient les parties du cerveau en action.

Repérer les passages à l'acte
Toutes les images obtenues par IRM fonctionnelle ont ensuite été fournies à un algorithme. Pour chaque mot, les chercheurs ont indiqué à l’ordinateur si les images appartenaient aux personnes ayant des idées suicidaires ou à celles en bonne santé. Ils lui ont ensuite soumis des images qu’il ne connaissait pas et lui ont demandé de «classer» les personnes. Dans 91% des cas, l’algorithme ne s’est pas trompé. Les scientifiques ont alors voulu mettre la machine à l’épreuve en lui présentant les images des cerveaux de 21 personnes ayant des idées suicidaires, qui avaient été exclues de l’analyse en raison de leur mauvaise qualité. Là encore, l’algorithme a réussi à détecter ces personnes dans 87% des cas.
Les chercheurs se sont ensuite uniquement intéressés aux patients suicidaires, qu’ils ont séparés en deux groupes: ceux ayant tenté de se suicider (9 patients) et ceux qui ne l’avaient pas fait (8 patients). Dans 94% des cas, l’algorithme a réussi à reconnaître ceux qui avaient tenté de mettre fin à leurs jours.
En 2016, des chercheurs de l’université de Cincinnati avaient développé un algorithme capable de détecter les idées suicidaires à partir de l’analyse conjuguée des données verbales et acoustiques.
http://sante.lefigaro.fr/article/un-algorithme-est-parvenu-a-identifier-des-personnes-aux-idees-suicidaires/

Info + : Comprendre la recherche


CRITIQUES DÉBATS DISCUSSIONS AUTOUR DE L’ÉTUDE
D'après article du 

Traduction :

Réaction experte à l'utilisation de l'apprentissage automatique pour identifier les patients suicidaires
Une nouvelle étude dans Nature Human Behavior a utilisé des algorithmes d'apprentissage automatique pour identifier les individus qui s'engagent dans des pensées suicidaires. Dr Dina Popovic, Chef du Département de psychiatrie, Sheba Medical Center, Israël, a déclaré:
"Les patients psychiatriques sont 10 fois plus susceptibles de tenter de se suicider que la population générale, et 50-75% des individus qui se suicident souffrent de dépression ou de trouble bipolaire. Néanmoins, le suicide est un événement très rare et donc difficile à prévoir. Il y a un besoin criant d'outils qui permettraient aux gens de détecter les patients susceptibles de se suicider."
"L'étude est très intéressante et innovante, et représente une tentative originale pour surmonter le manque actuel d'instruments permettant aux cliniciens de mieux prédire les tendances suicidaires. Les résultats sont très prometteurs, mais la taille de l'échantillon est très petite, il faudrait augmenter le nombre de patients et voir si d'autres groupes atteignent les mêmes résultats.
"Il est nécessaire de comparer les patients suicidaires avec les patients déprimés sans pensées suicidaires afin de voir si le classificateur d'apprentissage automatique est vraiment capable de détecter la suicidalité, et que les anomalies (" signature neuronale ") ne sont pas dues à la dépression.
«Enfin, le classificateur d'apprentissage automatique exige que les patients soient coopératifs et concentrés pendant 30 minutes - la plupart des patients se suicident lorsqu'ils sont agités, et l'incapacité de se concentrer est très fréquente chez les patients déprimés. Pourtant, l'étude est très intéressante et peut représenter un point de rupture dans la psychiatrie moderne. "

Le professeur Seena Fazel, professeur de psychiatrie légale, Université d'Oxford, a déclaré:

"Ce document est précieux dans la mesure où il fournit plus d'informations sur les mécanismes cognitifs possibles pour les idées suicidaires. Cependant, en ce qui concerne la prédiction du risque de suicide, il est peu probable que l'on fasse avancer le domaine.
«Premièrement, il ne s'agit pas d'une évaluation évolutive, car les participants doivent concentrer leur attention pendant environ 30 minutes et être prêts à entreprendre une IRM fonctionnelle.
« Deuxièmement, les tests neurosémantiques utilisés montrent une certaine discrimination entre les personnes qui ont des idées suicidaires et celles qui n'en ont pas, mais en pratique clinique, ce n'est pas le problème qui identifie et gère le risque de tentatives de suicide et de suicide.

Troisièmement, leurs résultats ne montrent pas que les tests neurosémantiques ajoutent une performance supplémentaire aux prédicteurs du risque de suicide qui reposent sur la prise d'antécédents pertinents et la réalisation d'une évaluation clinique, qui sont probablement des approches plus évolutives

«Quatrièmement, toute étude de prévision doit généralement comporter environ 10 « événements » par élément d'évaluation des risques dans un échantillon de validation.
Dans cette étude, nous avons 21 individus avec des idées suicidaires dans un échantillon de validation, et 30 «éléments de stimulation», qui suggèrent qu'au moins 300 personnes ayant des idées suicidaires sont nécessaires pour mener une validation robuste.
"Enfin, le groupe de contrôle utilisé dans la validation a été tiré du même groupe de contrôle utilisé dans l'échantillon de découverte, ce qui surestimerait probablement la performance de leurs tests."

Le professeur Derek Hill , président, Science de la réglementation et relations extérieures, IXICO plc et professeur de science de l'imagerie médicale, UCL, a déclaré:
"Identifier les jeunes adultes suicidaires est une tâche extrêmement importante et difficile en médecine. Cet article démontre le potentiel des scans cérébraux, traités par ordinateur, pour identifier les personnes à risque de suicide, mais le résultat doit être considéré comme très préliminaire. Comme les auteurs le reconnaissent, ils n'ont examiné qu'un petit nombre de sujets (17 témoins et 17 à risque de suicide, dont neuf avaient déjà tenté de se suicider). Il est important que leurs résultats soient répliqués avant d'avoir confiance dans leurs résultats.
"Ils ont utilisé une méthode appelée" validation croisée "pour à la fois former et tester leur algorithme d'apprentissage automatique sur le même petit ensemble de données. Bien qu'il s'agisse d'une approche largement utilisée, il ne s'agit pas d'une véritable étude de réplication, il n'est donc pas encore clair si leur algorithme fonctionnerait sur un autre groupe de patients.

"
l'utilisation systématique de leur méthode dans un contexte de soins de santé pose de nombreux défis. Le type de scanner cérébral fonctionnel que les chercheurs ont employé est seulement disponible dans les institutions de recherche avancées, et nécessite des patients coopératifs,de sorte qu'il ne serait pas disponible à grande échelle pour les patients en santé mentale dans un proche avenir.
"De plus, leur algorithme devrait être transformé en un dispositif médical approuvé avant qu'il puisse être utilisé pour aider à la prise en charge des patients, et qui nécessiterait des données d'une étude beaucoup plus vaste et prendrait plusieurs années à réaliser.
"L'apprentissage automatique utilise des algorithmes informatiques pour découvrir des caractéristiques dans les données (telles que les scanners cérébraux dans ce cas) qui peuvent classer les personnes dans des groupes. Cette recherche se penche sur les personnes à risque de suicide, et montre une bonne capacité à prédire à partir des scanners cérébrales des personnes si elles sont à risque de tentative de suicide. "

* ‘Machine learning of neural representations of suicide and emotion concepts identifies suicidal youth’ by Just et al. published in Nature Human Behaviour on Monday 30th October.




Intérêts déclarés
Dr Popovic: "Dr.Popovic a servi comme conférencier, écrivain médical ou a participé à des conseils consultatifs pour Bristol-Myers Squibb, Merck Sharp et Dohme, Janssen-Cilag, Ferrer et Forum Pharmaceuticals."
Prof. Fazel: « Nous avons reçu un financement du Wellcome Trust pour examiner des approches d'évaluation du risque de suicide chez les personnes atteintes de maladie mentale. Rien d'autre.
Prof Hill: "Je n'ai aucun conflit d'intérêt concernant cette histoire. Je suis employé par IXICO, qui utilise des biomarqueurs IRM et des biomarqueurs numériques (biocapteurs portables) dans des essais cliniques de maladies du cerveau, y compris des troubles psychiatriques, mais qui n'ont aucun intérêt commercial dans la recherche décrite.


Références étude mentionnée dans l'article : Machine learning of neural representations of suicide and emotion concepts identifies suicidal youth Marcel Adam Just, Lisa Pan, Vladimir L. Cherkassky, Dana L. McMakin,
Christine Cha, Matthew K. Nock & David Brent
Affiliations
Department of Psychology, Carnegie Mellon University, Pittsburgh, PA, USA : Marcel Adam Just & Vladimir L. Cherkassky
Department of Psychiatry, University of Pittsburgh School of Medicine, Pittsburgh, PA, USA : Lisa Pan & David Brent
Department of Psychology, Florida International University, Miami, FL, USA : Dana L. McMakin
Clinical Psychology Department, Columbia University, New York, NY, USA : Christine Cha
Department of Psychology, Harvard University, Cambridge, MA, USA : Matthew K. Nock
dans Nature Human Behaviour
https://www.nature.com/articles/s41562-017-0234-y#author-information
acces etude https://static-content.springer.com/esm/art%3A10.1038%2Fs41562-017-0234-y/MediaObjects/41562_2017_234_MOESM1_ESM.pdf


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COMPLÉMENT

Les pensées suicidaires sont-elles visibles dans le cerveau ?
Par Camille Gaubert le 03.11.2017 www.sciencesetavenir.fr*

Un algorithme se basant sur des IRM pourrait différencier les personnes suicidaires à la fois des non-suicidaires et des rescapés d'une tentative. Des résultats qui inspirent aux experts interrogés par Sciences et Avenir prudence et enthousiasme.

Les émotions sont caractérisées par des schémas perceptibles à l'IRM et sont exprimées dans des contextes différents selon le profil psychologique
creative commons

Il serait possible de distinguer une personne suicidaire ou ayant déjà tenté de se suicider des autres, uniquement en analysant des IRM avec un algorithme. C'est la conclusion d'une nouvelle étude publiée le 30 octobre 2017 dans Nature Human Behaviour. Une étude aux résultats très intéressants, mais à prendre "avec des pincettes", selon deux experts interrogés par Sciences et Avenir.

L’algorithme qui détecte les personnes suicidaires avec 85 à 91 % de succès

L'IRM fonctionnelle (Imagerie par Résonance Magnétique) permet de visualiser avec précision les zones du cerveau en activité en fonction du taux d'oxygénation du sang qui y circule. C'est par cette méthode qu'ont été observés 34 sujets : 17 ayant des pensées suicidaires (d'après leur analyse psychologique), et 17 sujets sains. Pendant le passage de chaque personne dans le tube de l'IRMf, 30 concepts sur lesquels ils devaient successivement se concentrer défilaient sur un écran. Ces concepts étaient positifs (confort, vitalité…), négatifs (inquiet, obscurité…) ou spécifiquement liés au suicide (mort, sans espoir…).
Les chercheurs et leur algorithme ont alors identifié six concepts (mort, cruauté, peine, insouciance, bien et éloge) et cinq zones du cerveau correspondant à quatre émotions (colère, honte, tristesse, fierté) qui permettaient de différencier au mieux les sujets sains des sujets suicidaires. Ils ont ensuite soumis à leur modèle informatique les résultats des sujets pour chacun des six concepts et des cinq zones du cerveau définies, en lui demandant d'identifier chaque personne comme suicidaire ou non.
Les résultats sont prometteurs : le modèle obtient 91 % de bonnes réponses, identifiant 15 des 17 sujets suicidaires et 16 des 17 sujets sains. Les concepts négatifs sélectionnés (mort, peine et cruauté) ont en effet entraîné plus de tristesse et de honte mais moins de colère dans le groupe suicidaire par rapport aux sujets sains. Lorsque les chercheurs mettent le modèle à l'épreuve sur 21 sujets suicidaires et 17 sains qu'ils avaient exclus de l'étude car leurs signaux n'étaient pas assez clairs à l'IRMf (pour des soucis de capacité à se concentrer par exemple), ils obtiennent une répartition suicidaire/sain correcte à 85 %. "C'est très rare d'obtenir des résultats aussi positifs dans une étude de ce type", commente Xavier Briffault, sociologue du CNRS au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (Cermes3), qui qualifie l'article de "très propre", bien que certains biais dans la méthode méritent d'être soulevés.

Des "résultats exploratoires" à prendre "avec des pincettes"

En effet, la multiplicité des mesures n'est pas prise en compte dans l'ajustement statistique des données. Selon Xavier Briffault "la probabilité que les résultats deviennent significatifs est augmentée lorsque l'on multiplie les mesures". Il illustre ce biais par une étude qui à force de mesures répétées à l'IRM avait trouvé des traces d'activités cérébrales… dans un saumon mort. Une façon de mettre en exergue les risques de faux positifs inhérents à toute technique de mesure et à l'IRM en particulier.
Les critères sur lesquels se base l'algorithme sont également d'une importance capitale. Louis Falissard, spécialiste en machine learning au Laboratoire de Neurosciences computationnelles à l'Université d'Oxford, relate l'histoire d'une équipe persuadée d'avoir conçu un modèle capable de reconnaître les photos de chats de celles de chiens avec 99 % de réussite… Jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que l'algorithme se basait tout bonnement sur la présence de la couleur verte dans la photo, les chiens étant plus souvent pris en extérieur que les chats. D'où l'importance d'avoir un jeu de données "test" non touché pendant l'élaboration du modèle pour le valider, ce qui a été fait dans l'étude en testant le modèle sur un individu laissé en dehors du groupe (validation croisée), une méthode "très légèrement biaisée" mais acceptable. Selon lui, "le problème, c'est la sélection des critères" : les mots et zones du cerveau examinées ont en effet été choisis parmi 1.000 critères, jusqu'à tomber sur ceux qui étaient les plus discriminants entre sujets suicidaires et sains… Un choix dont la significativité pourrait potentiellement être due au hasard au vu du faible nombre de sujets et au regard du nombre de critères examinés.
Cette méthodologie n'invalide pas les résultats, mais inspire la prudence car il existe une possibilité que la généralisation du modèle soit biaisée "et sa performance artificiellement gonflée", ajoute le spécialiste en machine learning. Malgré ces points faibles, ces deux experts s'accordent sur l'intérêt de ces résultats d'un point de vue exploratoire concernant une piste potentielle de biomarqueurs neuropsychiatriques pour les pensées suicidaires. Selon Louis Falissard, il reste à répliquer l'étude avec les mêmes critères sur nouveau groupe similaire pour en éliminer les biais.

Les psychothérapies suivies en direct par IRM, un fantasme pas si lointain ?

Autre résultat intéressant de l'étude : l'algorithme a permis de différencier au sein du "groupe suicidaire" ceux qui avaient fait une tentative (9 sujets) des autres (8 sujets) avec une précision de 94 %. Un résultat qui ne surprend pas Xavier Briffault : les suicidants (qui ont faite une tentative) ont moins peur du passage à l'acte que les individus suicidaires (ceux qui y pensent) et sont d‘ailleurs plus à même de récidiver. Il n'est donc pas surprenant que les réponses émotionnelles diffèrent. Dans l'étude, les scientifiques ont ainsi trouvé que les suicidants ressentaient moins de tristesse face au concept de "mort" par rapport aux personnes suicidaires, ce que les auteurs expliquent par une plus grande acceptation de la mort par les suicidants.
Savoir lire et interpréter aussi finement les réactions émotionnelles ouvre la porte à de nombreuses possibilités. Xavier Briffault ne pense pas que cette technique permettra d'identifier le risque de passage à l'acte des personnes suicidaires, qui dépend beaucoup de causes relationnelles (ruptures, séparations) survenant dans un contexte de troubles mentaux (troubles de l'humeur, troubles de la personnalité) et se fait sous alcool dans plus de la moitié des cas. En revanche, cela pourrait d'après lui constituer un élément supplémentaire pour évaluer le risque que présente le patient en sortie d'hôpital après une tentative. Les travaux futurs sur cette base pourraient également permettre d'appuyer le diagnostic de dépression ou autres troubles mentaux en fonction de l'activation de zones du cerveau identifiées. D'autres perspectives sont plus futuristes : "un jour pas si lointain nous pourrons peut être disposer d'instruments d'observation suffisamment fine de l'activité cérébrale en temps réel pour en faire un usage cliniquement pertinent, en complément avec d'autres biomarqueurs et indicateurs psychologiques et comportementaux", s'enthousiasme-t-il. Un dispositif qui, additionné aux nombreux objets connectés déjà existants et capables de détecter stress, activité et insomnies, permettrait aux professionnels de santé de disposer d'éléments de plus en plus précis dans leur diagnostic et suivi de troubles mentaux.
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/peut-on-reconnaitre-les-personnes-suicidaires-par-irm_118004

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L’IRM fonctionnelle pour prédire le suicide 
Publié le 14/12/2017 https://www.jim.fr/*
La juste prédiction du risque de suicide est un idéal difficile à atteindre par les psychiatres. Elle repose essentiellement sur des indices cliniques, et finalement en grande partie sur les idées suicidaires que les patients peuvent rapporter. Or, la majeure partie des patients décédés par suicide ne signalent pas d’idées de suicide dans la période qui précède leur geste fatal. Pour avancer dans la compréhension des processus menant au suicide, les chercheurs d’une équipe de Pittsburgh ont tenté d’identifier un biomarqueur du risque suicidaire, en utilisant l’IRM fonctionnelle.

Just et coll. ont utilisé les représentations cérébrales en imagerie associées à des concepts en rapport avec la vie et la mort pour différencier les patients ayant des idées suicidaires et des patients contrôles. Le principe est que chaque pensée est associée à certaines activations cérébrales, c’est-à-dire que chaque concept a sa signature particulière en IRM fonctionnelle. Ainsi le mot « cuillère » va activer les régions impliquées dans la façon dont on manipule l’objet (les régions motrices), et dans le fait de manger (régions impliquées dans la sensation gustative).

L’hypothèse formulée par les auteurs, est que les patients ayant des antécédents de tentative de suicide ont une représentation différente de certains concepts par rapport à des sujets contrôle. En pratique, on utilise dans cette étude l’apprentissage automatique (ou « machine learning ») afin de classer les patients comme ayant des idées suicidaires ou non, en fonction des différences constatées dans les activations cérébrales en réponse à tel ou tel concept.
Montrez-moi comment vous pensez à la mort, je vous dirai si vous voulez vivre
Les auteurs ont demandé à 17 sujets ayant des idées suicidaires, et 17 sujets contrôles de penser pendant un bref instant à 30 concepts différents qui leur étaient proposés. Ces concepts pouvaient être des idées généralement considérées comme positives (confort, bien, gentillesse…), négatives (ennui, mal, culpabilité) ou directement en rapport avec le suicide (mort, désespoir, overdose…). Cela constituait donc une somme importante d’informations relatives aux activations cérébrales des sujets.

Le programme d’apprentissage automatique, entraîné à partir des IRM fonctionnelles de 33 sujets non inclus dans l’étude a correctement prédit l’appartenance des sujets dans leurs groupes avec une précision de 91 %. Ainsi, il a pu donner l’appartenance de 15 sujets sur les 17 du groupe « idées suicidaires » et 16 sujets sur les 17 du groupe contrôle (sensibilité de 88 %, spécificité de 94 %).

Le concept permettant le mieux de déterminer le groupe d’appartenance des patients est le mot « mort ».  Les régions cérébrales permettant le mieux de discriminer les patients suicidaires des contrôles étaient les régions frontales médianes supérieures gauches, le cortex cingulaire antérieur, la région temporale médiane droite, la région pariétale inférieure gauche, et la région frontale inférieure gauche.
On peut savoir qui a fait une tentative de suicide avec l’IRMf
Le même type de programme permettait de correctement déterminer, parmi les patients ayant des idées suicidaires, ceux qui ont fait une tentative desuicide, en comparaison avec ceux qui n’en ont pas fait, avec une précision de 94 % (sensibilité de 100 % et spécificité de 88 %). Là encore, le concept le plus discriminant était le mot « mort ».

Bien sûr, on peine à croire que ce genre de dispositif puisse être utilisé en pratique quotidienne. Mais cette étude a surtout pour intérêt de donner un aperçu (aussi brut et difficile à interpréter soit-il) des mécanismes de pensée des patients sur des sujets fondamentaux. L’étude met en évidence à quel point le suicide répond à un processus complexe qui met en jeu une modification fine des représentations mentales. La technique utilisée dans cette étude est fascinante, et pourrait contribuer à de nombreuses avancées en psychiatrie et neurologie.

Dr Alexandre Haroche
Références
Just MA et coll. Machine learning of neural representations of suicide and emotion concepts identifies suicidal youth. Nat Hum Behav. 2017; 1: 911–919 doi:10.1038/s41562-017-0234-y

jeudi 14 décembre 2017

ANNONCE L'association PHARE Enfants-Parents recrute actuellement des bénévoles



L'association PHARE Enfants-Parents recrute actuellement des bénévoles pour développer ses actions. 

Voir les deux profils des deux postes prioritaires.


L'association est également intéressée  par des candidatures de bénévoles pour l'écoute (formation initiale en psychologie) ou pour des tâches administratives.

Pour postuler, envoyez votre CV accompagné d'une lettre de motivation à l'adresse mail  vivre@phare.org

MISE A JOUR / REACTIONS Québec La RAMQ couvrira dorénavant le recours aux services des psychologues

La RAMQ couvrira dorénavant le recours aux services des psychologues

Agence QMI   | Publié le 3 décembre 2017
tvanouvelles.ca*

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé dimanche la mise sur pied d'un programme public de psychothérapie au coût de 35 millions $.


Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé dimanche la mise sur pied d'un programme public de psychothérapie au coût de 35 millions $.

Selon le ministère, ce programme permettra d'offrir des soins en services mentaux à environ 3 % de la population, ce qui représentera environ 600 000 rendez-vous annuels.

«C'est un grand jour! On fait, aujourd'hui, une annonce qui va faire avancer le système de santé et des services sociaux au Québec», s'est réjoui le ministre Barrette lors d'une conférence de presse.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a annoncé dimanche la création d’un premier programme public de psychothérapie, en investissant 35 millions $.

Concrètement, le programme «permettra maintenant d'avoir une couverture publique des soins prodigués par des psychologues pour les gens souffrant de troubles mentaux courants», a expliqué le Dr Barrette, en mentionnant notamment les troubles anxieux et dépressifs.


Les personnes atteintes de troubles mentaux pourront donc, dorénavant, se faire rembourser des services obtenus via le Régime d'assurance-maladie du Québec (RAMQ).

Ce tout premier programme québécois de services publics en psychothérapie est inspiré d'un programme similaire actuellement en place en Grande-Bretagne depuis une dizaine d'années.

«Les troubles mentaux affectent la vie de milliers de Québécoises et de Québécois. Avec cette nouvelle approche moderne et structurée, nous leur offrirons des services supplémentaires inspirés des meilleures pratiques», a expliqué le Dr Barrette dans un communiqué en disant vouloir «améliorer la qualité de vie» des personnes aux prises avec des troubles mentaux.
Un programme acclamé

L'homme d'affaires Alexandre Taillefer s'est réjoui de l'annonce. «On espère que ça va permettre de réduire le suicide», a confié, ému, celui qui apparaît dans le documentaire «Bye» dans lequel il cherche à comprendre ce qui a poussé son fils au suicide il y a deux ans.

Les psychologues se sont aussi enthousiasmés. «On sait très bien que la santé mentale est le parent pauvre, actuellement, de l'offre de service au Québec. Donc, pour nous, c'est une très bonne nouvelle!», a souligné la présidente de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Guylaine Ouimette.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé dimanche la mise sur pied d'un programme public de psychothérapie au coût de 35 millions $.

Ce programme s'inscrit dans le Plan d'action en santé mentale 2015-2020 du gouvernement libéral, qui est doté d'un budget de 70 millions $. «Nous avons déjà dépassé ce montant-là», a souligné le ministre de la Santé lors de son point de presse.

Le ministère de la Santé avait auparavant investi 26,5 millions $ en services de proximité pour les personnes atteintes de troubles mentaux et 30,7 millions $ dans le maintien à domicile de ces malades. Quinze millions de dollars ont aussi été investis dans les services de psychologie pour les jeunes en difficulté.

Signe que les élections approchent, le ministre Barrette a profité de l'occasion pour s'attaquer à la Coalition avenir Québec en accusant la formation politique de ne pas s'intéresser aux problématiques de pauvreté et de santé mentale.

- Avec la collaboration de Cassandre Forcier-Martin

http://www.tvanouvelles.ca/2017/12/03/quebec-cree-un-1er-programme-public-de-psychotherapie 


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Entrevue à Dumont Populaire
Qui pourra profiter de visites chez le psy payées par la RAMQ?
TVA Nouvelles
| Publié le 4 décembre 2017 tvanouvelles.ca/*

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé dimanche la mise sur pied d'un programme public de psychothérapie au coût de 35 millions $.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé dimanche la mise sur pied d'un programme public de psychothérapie au coût de 35 millions $. Selon le ministère, ce programme permettra d'offrir des soins en services mentaux à environ 3 % de la population, ce qui représentera environ 600 000 rendez-vous annuels.

 Ce programme, qui se rapproche du modèle anglais, a déjà fait ses preuves et permettra de réduire les iniquités, selon Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

Toutefois, tout le monde ne pourra y avoir accès. Pour y accéder, un patient devra recevoir un diagnostic de trouble de santé mentale, qui inclut la dépression, notamment.

«Ce n’est pas la clientèle qui souffre de troubles mentaux graves, cette clientèle est déjà prise en charge par le milieu hospitalier, par les équipes externes», explique Mme Grou en entrevue avec Mario Dumont.

Le programme ne s’adresse pas non plus à ceux qui souffrent de détresse psychologique, ou à ceux qui vivent des problèmes conjugaux.

«Selon ma compréhension, dans une logique de couverture gouvernementale, on parle de ce qui est médicalement requis. Ça passe par l’établissement d’un trouble mental, d’un diagnostic. On espère que ça ne passera pas exclusivement par le diagnostic d’un médecin, qui sont déjà engorgés. Cette évaluation peut se faire par les psychologues», assure la présidente de l’Ordre.

Évidemment, ce sont les gens qui ne possèdent pas d’assurances privées couvrant ces traitements, qui auront droit aux thérapies.

Les citoyens qui sont aux prises avec un épisode dépressif, ou un trouble d’anxiété, par exemple, pourront bénéficier du nouveau programme.

«Inadmissible»
Christine Grou note toutefois qu’il est «inadmissible» qu’au Québec, on couvre (en termes d’assurances) la maladie en fonction de la façon dont elle survient.

Un accidenté de la route qui fait une dépression en raison de son accident sera couvert par la SAAQ. Si ce trouble apparaît en raison d’un accident de travail, le travailleur sera dédommagé par la CSST.

«Si vous perdez un enfant en raison d’une maladie grave, que vous faites une dépression, vous n’êtes pas couvert», précise Mme Grou.

Avec cette nouvelle initiative, ce vide sera comblé, et plus de personnes pourront espérer avoir un suivi.

La psychothérapie pourra être offerte par plusieurs spécialistes, dans la mesure où ceux-ci sont titulaires d’un permis de pratique délivré par l’Ordre des psychologues.

Les infirmières, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, psychorééducateurs, sexologues, criminologues et conseillers en orientation pourraient donc offrir de la psychothérapie.

Les médecins de famille également.

http://www.tvanouvelles.ca/2017/12/04/qui-pourra-profiter-de-visites-chez-le-psy-payees-par-la-ramq

 1er post : 04/12/2017
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COMPLÉMENT RÉACTIONS

Les promesses trompeuses de l’accès à la psychothérapie
13 décembre 2017 | Charles Roy - Président, Association des psychologues du Québec | Santé
http://www.ledevoir.com/societe/sante/515292/les-promesses-trompeuses-de-l-acces-a-la-psychotherapie

 
Prétendre lancer un programme d’accès à la psychothérapie relève de promesses trompeuses quand nous savons que, dans sa forme actuelle, l’accessibilité ne sera pas au rendez-vous et que l’acte qui sera prodigué ne sera pas vraiment de la psychothérapie, estime l'auteur. 
La sortie récente du ministre Barrette nous a désagréablement surpris. Non pas dans son intention, mais dans son contenu. Il est pourtant hautement souhaitable qu’un programme d’accès à la psychothérapie soit offert à la population, comme le préconisait le commissaire à la santé et au bien-être déjà en 2012.
Cependant, le service qui est actuellement présenté à la population est extrêmement décevant, voire trompeur. On laisse croire qu’un nouveau service miracle de six rencontres viendra dorénavant définir ce qu’est la psychothérapie. Pire, au vu des données annoncées par le ministre, ce n’est que 145,83 $ qui sera alloué annuellement à chaque personne, pour un total de 2,5 rencontres, soit à peine le temps de présenter la situation à traiter.
  Encore une fois, la santé mentale se retrouve le parent pauvre de la santé. Pourquoi lésiner sur le budget alors que la démonstration a été faite dans d’autres pays que l’accès à la psychothérapie est économiquement rentable pour la société, dégageant au moins 100 % de profit pour chaque dollar investi ?   Ce ne sont pas seulement les montants alloués qui ne tiennent pas la route, l’accès au programme est lui aussi discutable. La population ne pourra pas décider elle-même de consulter ; elle devra tenter de trouver un médecin et obtenir de lui qu’il la dirige vers un psychothérapeute. Nous assistons encore une fois non seulement à une récupération par l’ordre médical de pouvoirs professionnels, mais aussi à une médicalisation à outrance de la pratique psychothérapique. L’accès au programme par médecin interposé fait fi de l’expertise des psychologues qui leur a été conférée par la loi 21. Pourquoi ceux-ci devraient-ils faire un détour par le médecin pour pouvoir traiter des personnes alors qu’ils sont mieux formés à l’exercice de la psychothérapie ? C’est un inutile ajout de coûts qui, en plus, limite l’accès au programme, compte tenu de la grande difficulté pour la population d’avoir accès à un médecin.
  Nous déplorons également la dénaturation de l’acte professionnel de la psychothérapie, car l’idéologie du traitement en minimise la complexité. Le modèle anglais impose des protocoles formatés et abrégés qui réduisent le travail des psychologues à celui de techniciens en santé mentale. Selon certains psychologues britanniques déjà impliqués dans le programme, une telle approche conduit à la perversion des soins par le déni des réalités de la souffrance émotionnelle et de la vulnérabilité des personnes, tout en tournant le dos à la complexité requise pour faire face aux personnes en détresse. Le modèle automatisé de l’acte psychothérapeutique prive les psychologues de l’exercice de leur jugement clinique ; ceux-ci devront même être « reformatés » pour être accrédités à exécuter le programme national, alors qu’ils sont pourtant détenteurs d’une formation doctorale.   Diversité des approches
  Le modèle choisi préconise également le monopole d’une approche au détriment de la riche diversité des approches de la psychothérapie pourtant reconnues tout aussi efficaces. Nous ne décrions pas la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), nous critiquons le fait qu’elle est présentée comme une panacée laissant entendre qu’elle est la seule à être appuyée par des données probantes.   Les psychologues exerçant au sein du programme britannique craignent également que la mécanisation de la psychothérapie ne prédispose à l’épuisement professionnel. Une crainte qui s’ajoute à celle que nous pouvons certainement éprouver au vu des impacts actuels des pressions du système de santé. Les médecins eux-mêmes ne semblent pas heureux sous la définition automatisée de leur travail, coincés dans une pratique basée non plus sur la qualité, mais sur des statistiques et des pénalités. Le Programme d’aide aux médecins a enregistré l’an dernier une augmentation de 40 % de nouveaux cas. Et le journal Le Soleil relatait récemment une hausse des congés de maladie prolongés chez d’autres catégories d’employés du réseau : en 2015-2016, 455 millions de dollars ont été versés en assurance salaire.
  Nous souhaitons un engagement sérieux du gouvernement dans ce programme public, donnant accès à de vrais services de psychothérapie et pour une durée raisonnable, en respectant l’expertise de ses artisans, en grande partie des psychologues. Et en leur permettant de prodiguer les services dont les personnes ont besoin, une clientèle vulnérable qui n’est pas aussi facile à traiter qu’on veut bien nous le faire croire.   Nous recommandons de profiter des signaux d’alerte découlant à la fois de l’expérience britannique et des pressions actuelles du réseau pour prévenir l’épuisement chez les professionnels qui seront impliqués dans ce programme.
  Ainsi, prétendre lancer un programme d’accès à la psychothérapie relève de promesses trompeuses quand nous savons que, dans sa forme actuelle, l’accessibilité ne sera pas au rendez-vous et que l’acte qui sera prodigué ne sera pas vraiment de la psychothérapie.   Comme nous sommes les premiers concernés par l’implantation de ce programme public, nous exigeons d’être au coeur de cette initiative. Il s’agit là d’une condition essentielle au succès d’une telle entreprise.

http://www.ledevoir.com/societe/sante/515292/les-promesses-trompeuses-de-l-acces-a-la-psychotherapie

A PARAITRE DOSSIER Survivre au suicide

Survivre au suicide
Numéro 137 - Revue trimestrielle
Dans la revue : v.s.t. - vie sociale et traitements
edition Eres




Le passage à l’acte, l’imminence de la mort et le retour à la vie sont trois séquences auxquelles les professionnels peuvent être confrontés. Ce genre de drame questionne les valeurs de tous et de toutes et pose de nombreuses questions. Y a-t-il des signes annonciateurs qui ont échappés ? Comment aurait-il fallu agir ? Comment nos représentations de la nature de l’acte commis influencent-elles notre action ? Y aurait-il des précautions particulières à prendre avec ces patients ? Où et comment accueillir ceux qui se relèvent d’une tentative de suicide ? Faut-il une prise en charge spécifique d’ordre psychiatrique? Et quelle place pour les familles et les proches du patient ?

info https://www.editions-eres.com/ouvrage/4193/survivre-au-suicide

Parution : 15 février 2018

ETUDE RECHERCHE L’autopsie psychologique : revue de la littérature, état des connaissances actuelles et propositions pour une harmonisation des pratiques

L’autopsie psychologique : revue de la littérature, état des connaissances actuelles et propositions pour une harmonisation des pratiques
Jules Fouchault 1 1 UB - Université de Bordeaux

Résumé : Le suicide reste un enjeu de santé publique majeur avec plus de 800 000 cas par an dans le monde. L’accroissement du champ des connaissances relatif au phénomène suicidaire permet de mieux définir les sujets à risque et de proposer des stratégies de prévention plus adaptées. Cette revue de la littérature propose un état des lieux des connaissances actuelles concernant l’autopsie psychologique. Cet outil, né sous l’impulsion d’Edwin Shneidman, avait historiquement pour but de clarifier les circonstances d’un décès et notamment l’état psychologique du défunt. Son application s’est progressivement élargie à la recherche des marqueurs de risque suicidaire et à la résolution de problèmes médico-légaux. La méthode de l’autopsie psychologique a aussi prouvé sa validité à poser des diagnostics post-mortem. Pour autant, elle est sujette à de nombreux biais. Sa formalisation est hétérogène et sa standardisation partielle. C’est pourquoi nous proposons en dernière partie une synthèse des recommandations pour faciliter l’application de la méthode en s’assurant une bonne validité scientifique tout en respectant certains critères éthiques.
Mémoire  Médecine humaine et pathologie. 2017
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01657098
 
Med_spe_2017_Fouchault.pdf
ou https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01657098/document

MISE A JOUR : Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org : Décryptage, critiques, debats : Suicide et jeu macabre : Blue Whale Challenge, de rumeurs en panique




Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org


La rubrique " Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org " des sujets, actualités, débats plus ou moins documentés et sous réserves d'informations complémentaires et/ou fiables, qui toutefois nous questionnent et nous interpellent...
 

Nous les relayons essentiellement comme matière à penser et à débattre.
Aidez nous à alimenter une réflexion...  


1er Post sur le sujet ouvert  le 1/04/2017
"Suicide et jeu macabre : Blue Whale Challenge, de rumeurs en panique"

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Algérie "Le gouvernement sait bloquer un jeu inexistant, mais sait-il guérir le désespoir des ados?" Publication: 11/12/2017 huffpostmaghreb.com*

Fermer, interdire, bloquer. Un petit Gaïd Salah dans la tête de chaque responsable algérien dicte le réflexe sécuritaire face à tous les problèmes, même quand cette solution est inadaptée. Ainsi, on censure internet pour résoudre le phénomène de la triche au bac, on interdit les crypto-monnaies car elles faciliteraient le blanchiment d'argent et on bloque les importations pour ralentir l'érosion des réserves de change.

Pour ne pas changer, le gouvernement algérien a ordonné dimanche 10 décembre le blocage du "Blue Whale Challenge", cause présumée d'au moins un suicide d'un enfant à Sétif.

Problème: tout donne à penser que ce jeu n'existe même pas, qu'il s'agit d'un "buzz" sensationnaliste mondial qui cache la réalité du problème du suicide, notamment chez les plus jeunes, et sa prise en charge, surtout dans un pays comme l'Algérie.

Suite à des informations concernant le suicide d'un enfant de 9 ans à Sétif, le ministre de la Justice Tayeb Louh a déclaré qu'une enquête a été ouverte par un organe spécialisé. Le lien présumé entre ce décès et un phénomène internet appelé "La Baleine bleue" n'a pas été établi par ladite enquête mais le même responsable a aussi indiqué qu'une instruction a été donnée pour "retirer tout ce qui est lié à ce jeu et qui n'est pas autorisé par la loi".

Le phénomène "Blue Whale Challenge" est mondialement connu. Il s'agit, selon le récit des tabloïds qui ont créé ce buzz, d'un "défi" en 50 étapes auquel s'inscrit l'utilisateur, la dernière étant celle de se donner la mort. Il tire son nom de l'hypothèse des baleines bleues qui s'échouent volontairement sur les plages pour mourir.

Des vérifications ont depuis longtemps discrédité à la fois la thèse de l'existence d'un jeu pareil, ainsi que celle d'un lien de causalité entre lui et des suicides d'adolescents en Russie (pays d'origine du buzz) ou en Inde, au Royaume Uni et aux Etats-Unis.

Selon le site de fact-checking Snopes, l'origine de cette fable est une mauvaise interprétation d'un article du site russe Novaya Gazeta. Selon ce dernier, des dizaines d'enfants et adolescents se sont suicidés en Russie en 2016. Certains d'entre eux, affirme le site, étaient inscrits à un groupe de jeux vidéo sur VK, l'équivalent russe de Facebook.

Une enquête de Radio Free Europe a de son côté révélé qu'il n'existe aucun lien de causalité entre un prétendu "Blue Whale Challenge" et des suicides d'adolescents.

Le créateur présumé de ce groupe sur VK, Phillip Budeikin, a indiqué par ailleurs dans un entretien avec un autre site russe avoir parlé à des adolescents qui se sont donnés la mort par la suite, mais leur acte n'était pas le résultat de son influence.

Des observateurs notent cependant que le buzz créé par les tabloïds aurait suscité des imitations reprenant le principe du challenge tel que rapporté par les médias.

Il ne s'agit donc pas d'une application mobile ou d'un site internet que les autorités peuvent "bloquer". Même la police algérienne en est consciente. Un énième coup de verrou étant inutile, les autorités feraient mieux de s'atteler à la lutte contre le suicide, une réalité sinistre et bien antérieure à tout "jeu" ou "challenge".

S'exprimant en 2014, Samir Naamouni, professeur à l'université de Tlemcen, a déploré l'absence de chiffres officiels sur les cas de suicides en Algérie, expliquant qu'aucun organisme spécialisé n'est habilité à les recenser, ce qui rend la tâche de connaitre les chiffres réels quasi impossible. Il a cependant cité une statistique effarante des services de sécurité qui ont recensé 1900 cas de suicide en 2011.

Dans un entretien au Soir d'Algérie en 2015, Nouria Benyekhlef, professeur en psychiatrie à l'EHS Drid Hocine à Alger, a indiqué que la problématique du suicide est devenue un enjeu de santé publique. Les perturbations des interactions de l'enfant avec ses parents, la précarité de la situation familiale, les traumatismes, les abus sexuels, les harcèlements à l'école, les exigences "tyranniques" de résultats scolaires etc, sont certains des facteurs pouvant déclencher une crise suicidaire chez l'enfant ou l'adolescent, selon la spécialiste.

Pr. Benyekhlef a proposé, entre autres, la création de cellules d'écoute ou un numéro vert, à l'instar de nombreux pays, à l'écoute des personnes qui ont des tendances suicidaires. En 2017, l'idée attend d'être concrétisée.

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Historique du post 
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Décryptage
Suicide et jeu macabre : Blue Whale Challenge, de rumeurs en panique
Par Alexandre Hervaud www.liberation.fr*

Depuis plusieurs semaines, annonces et articles alarmistes se multiplient autour d'un «jeu macabre» venu de Russie, qui pousserait les jeunes au suicide. Aucune victime n'est à déplorer en France, et la psychose semble s'alimenter d'imprécisions et de rumeurs.
Environ 10 000 personnes se donnent la mort chaque année en France. Dans son dernier rapport, l’Observatoire national du suicide évalue à 200 000 le nombre de tentatives annuelles, en précisant que «les jeunes filles entre 15 et 20 ans» sont surreprésentées parmi la population concernée. L’inquiétude légitime suscitée par ce sujet explique sans peine la viralité délirante du Blue Whale Challenge, soit «défi de la baleine bleue» (une référence à la tendance de ces cétacés à s’échouer sur des plages). Depuis des semaines, ce pseudo-jeu macabre affole parents, professeurs et forces de l’ordre alors qu’aucune victime n’a été à ce jour formellement liée au phénomène en France.
Mercredi, la police nationale publiait ainsi, après une précédente alerte sur les réseaux sociaux, un texte sur ce «nouveau jeu dangereux venu de Russie, ciblant les 12-15 ans». Le texte est illustré par un visuel évoquant l’univers graphique du film d’horreur avec une typographie gore – des lettres sous forme de scarification sur un bras – accompagnée d’un slogan évoquant lui aussi le cinéma de genre («aucun défi ne mérite de risquer sa vie»).
«Enrôlés par un "parrain" ou "tuteur", les adolescents entrent dans une spirale de 50 défis de risque croissant (privation de sommeil, écoute de musiques violentes, scarifications) dont l’ultime étape conduit au suicide», explique cette mise en garde intitulée «#BlueWhaleChallenge : attention, jeu dangereux». Et si le vrai «jeu dangereux» était celui auquel se sont prêtés depuis plusieurs semaines jeunes crédules, parents inquiets, médias alarmistes et autorités un brin dépassées, amplifiant malgré eux un phénomène aussi menaçant que peu fondé ?

Le fantasme russeComme l’a rappelé le Monde dans un article sur le «jeu», qualifié au passage de «légende urbaine», sa médiatisation décolle à Moscou en mai 2016 par une enquête controversée du journal russe Novaya Gazeta. «Controversée» tient de l’euphémisme : le Monde rappelle ainsi que la journaliste qui l’a signée a depuis été «évincée du service investigation» et son rédacteur en chef adjoint renvoyé. Sans preuve concrète, Novaya Gazeta avançait que sur 130 suicides d’adolescents russes entre novembre 2015 et avril 2016, environ 80 étaient liés au Blue Whale Challenge (BWC). De mystérieux «groupes de la mort» au fonctionnement quasi sectaire auraient incité sur les réseaux sociaux des adolescents à mettre fin à leurs jours.
Les sources principales de l’article inquiétant ? Quelques parents de jeunes suicidés qui s’étaient infiltrés sur VKontakte, le Facebook russe, sans forcément en maîtriser les codes. De quoi expliquer de sérieuses déformations du résultat final, qui a pourtant traversé les frontières avec quelques mois de retard. En février, la presse tabloïd anglo-saxonne (The Sun, Daily Mail, Daily Mirror) a exhumé les «informations» des médias russes, motivée par de nouveaux suicides (ou tentatives) en Russie jugés suspects. A cette occasion, le site référence en fact-checking, Snopes, s’était emparé du sujet et avait décerné à l’affaire son label «non prouvé», en citant diverses contre-enquêtes réalisées depuis.
Pas de quoi empêcher le pouvoir russe de monter au créneau : ce mois-ci, la déléguée du Kremlin aux droits de l’enfant, Anna Kouznetsova, a évoqué une augmentation de 57% du taux de suicide des mineurs en 2016, en raison des fameux «groupes de la mort», mais sans citer de sources – les chiffres officiels pour l’an dernier n’ont d’ailleurs pas encore été publiés, selon l’AFP. Pour beaucoup d’observateurs, Internet fait ici figure de double bouc émissaire. Pour les parents de jeunes suicidés, il permet d’accuser une «force extérieure» pour expliquer la mort de leur enfant ; pour le Kremlin, de préparer de nouvelles mesures de contrôle de la Toile sous prétexte de protéger la jeunesse.

La France en alerteLa médiatisation sensationnaliste outre-Manche, fin février, explique sans doute le début d’agitation qui se manifeste dans la foulée sur les réseaux sociaux en France. Le 6 mars, la police nationale publie un tweet alertant sur le sujet :
Selon Camille Chaize, commissaire adjointe au chef du Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop), trois éléments justifient alors cette publication : «#BlueWhaleChallenge était l’un des hashtags les plus discutés sur Twitter ce jour-là, et dans les jours précédents, nous avions été alertés par des captures d’écrans d’internautes à ce sujet, et reçu des messages sur Facebook de mamans inquiètes.» Il va sans dire que les tweets comportant le fameux hashtag étaient majoritairement eux-mêmes des messages d’alerte et non des incitations à tester le jeu.
Dans la foulée, d’autres mises en garde plus localisées sont mises en ligne, comme celle ci-dessous, publiée le 9 mars par le groupement de gendarmerie départementale du Nord.

Usage aléatoire de lettres capitales, émojis et points d’exclamation à gogo, manque de sources et l’inévitable «A PARTAGER AU MAXIMUM !!!!» en conclusion : le post ressemble à s’y méprendre à celui que votre tante partage pour s’indigner, à tort, que Facebook deviendra bientôt payant. C’est l’assurance d’être relayé par un maximum de parents effrayés, créant ainsi un début de «panique morale» rappelant les pseudo-décalcomanies au LSD des années 80 : les références au BWC en ligne et dans la presse vont dès lors se multiplier.

L’emballement médiatiqueLe jour de la publication de l’avertissement de la police sur Twitter, deux adolescents réunionnais étaient retrouvés sains et saufs après une fugue de vingt-quatre heures. La presse locale évoque «la rumeur» d’un lien avec le BWC, pourtant nié par la police locale. Le week-end du 11 au 12 mars, à Reims, un collégien de 13 ans se donne la mort par pendaison à son domicile. Comme de coutume, la presse locale ne s’en fait pas l’écho initialement : ce genre de drame est circonscrit à la sphère privée, sauf lorsque les parents décident de le médiatiser par souci de sensibilisation ou lorsqu’il a lieu dans un espace public, entraînant la mise en place d’une cellule psychologique. A l’ère des fake news et de la défiance envers les médias, cette discrétion peut enflammer l’imagination : à Reims, le bruit court que la mort du jeune serait liée au BWC, ce que l’enquête démentira, la police évoquant «un jeu du foulard» qui aurait mal tourné.
Pas de quoi empêcher les médias locaux d’amplifier la psychose. Le 17 mars, France 3 Champagne-Ardenne diffuse un reportage dans lequel des jeunes anonymisés témoignent sur le BWC. Une adolescente déclare : «J’ai connu quelqu’un qui l’a fait.» «Et alors ?» s’enquiert la journaliste. «Il est décédé», affirme la jeune fille. Aucune relance ni commentaire ne remettent en question son propos, alors qu’aucun suicide en France n’a été lié au BWC selon la police. Dans le Pas-de-Calais, la Voix du Nord évoque au même moment deux adolescentes de Saint-Omer «qui étaient entrées dans l’engrenage» mais «ont été repérées à temps». Dans la même ville, deux autres cas seront évoqués, dont celui d’une ado secourue avant de se pendre – notons que la jeune concernée étant actuellement en voyage à l’étranger, les enquêteurs ne l’ont pas encore entendue.
La semaine suivante, les Dernières Nouvelles d’Alsace affirment qu'«une dizaine de collégiens de l’académie de Strasbourg seraient entrés dans le processus morbide» du jeu. Dimanche, sur une pleine page, le JDD s’intéresse au phénomène à grand renfort de conditionnel. L’article évoque notamment l’annonce sur Facebook d’une mère de famille : un ami de sa fille serait mort en Charente après une chute accidentelle en voulant relever un défi du BWC. Là encore, démenti de la police.
L’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication, qui a été saisi pour enquêter sur le phénomène, prépare d’ailleurs «un canevas de questions pertinentes» à poser aux jeunes : les officiers disséminés sur le territoire n’ont pas forcément les bons réflexes en matière de numérique et de cyberharcèlement. Précisons que contrairement aux cas de pédophilie ou de terrorisme, la provocation au suicide (punie par la loi de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende) n’est pas une infraction autorisant une «cyber-infiltration» des enquêteurs.

Entre complotisme et pop culture
Via un mail envoyé aux rectorats, l’Education nationale a invité son personnel à la vigilance. Pour Justine Atlan, présidente de e-Enfance, une association de sensibilisation aux usages d’Internet à destination des jeunes, «à trop en parler ou à en parler mal, on prend le risque de créer autour de ce phénomène toute une fantasmagorie à laquelle les ados vont adhérer, car elle peut s’approcher de leur vision du monde teintée de complotisme, imaginant des gens dans l’ombre à l’œuvre, des groupes organisés». Elle donne l’exemple d’une jeune fille convoquée par son proviseur car des camarades avaient signalé des griffures sur ces bras : il s’agissait de séquelles d’un week-end de jardinage en famille.
Attisée par la pop culture, du film Nerve (2016) à la série Black Mirror, la jeunesse joue-t-elle à se faire peur ? Pour Jocelyn Lachance, socio-anthropologue de l’adolescence, la sensibilisation aux risques du Web a modifié les rapports au numérique des ados. Durant ses dernières enquêtes, il a rencontré des enfants évoquant leurs usages des réseaux sociaux «comme s’ils devaient apprivoiser un monde peuplé de dangers, un espace hostile parce qu’ils peuvent se faire voler leur identité ou être victime de harcèlement». Concernant le délicat équilibre à trouver entre sensibilisation et dramatisation, Lachance estime que «la clef se trouve chez les adolescents eux-mêmes : intéressons-nous d’abord à ce qui les travaille et les interpelle, plutôt que de les terrifier avec ce qui fait peur aux adultes».
Alexandre Hervaud 
http://www.liberation.fr/france/2017/03/31/suicide-et-jeu-macabre-blue-whale-challenge-de-rumeurs-en-panique_1559696  

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Quand parler d'une légende numérique incite au suicide: les dérapages du Blue Whale*
23 juin 2017 Par Les invités de Mediapart

Le blue whale challenge (challenge de la baleine bleue), ce «jeu» suicidaire consiste à relever cinquante défis des plus sordides. Des professionnels de la santé tirent la sonnette d'alarme et alertent sur la manipulation qui est faite autour de ce prétendu phénomène.
Ces dernières semaines, un phénomène apparu sur les réseaux sociaux russes a à nouveau fait l’objet d’un traitement médiatique particulièrement intensif, relayé de manière (inter)nationale avec l’appui de certains professionnels de la protection de l’enfance sur Internet et d’autres institutions. Le Blue Whale Challenge, défi aux apparences mortifères, a ainsi inondé l’espace médiatique, multipliant craintes, angoisses et réactions maladroites de la part des adultes que nous sommes. La plupart des professionnels présents au contact des adolescents sur le terrain ont rapidement pu remarquer les incidences néfastes sur les adolescents de cette communication. Nous souhaitons par cette tribune sensibiliser les professionnels et la communauté éducative élargie (parents, éducateurs, enseignants, soignants, animateurs, médias, etc.) à la nécessité d’une réflexion commune pour avoir des repères face au flou de ces situations nouvelles qui ne manqueront pas de se reproduire. Évitons de créer les situations que nous souhaitons tous éviter…
Pour comprendre, posons rapidement quelques éléments clés de ce qui se joue dans l’adolescence, période fondatrice de l’identité de chacun.
« Une période qui crée du trouble chez les jeunes mais aussi chez les adultes »
L’adolescence est une période complexe du fait de ses chamboulements corporels et psychiques faisant suite à la puberté. C’est une période qui crée du trouble chez les jeunes eux-mêmes mais aussi chez les adultes, renvoyant chacun à son adolescence, avec son lot de violences parfois contre soi, parfois contre les autres, son étrangeté, ses incompréhensions, ses expériences à faire, ses risques à prendre pour se sentir exister… De fait, l’abord du processus adolescent est sensible, pour l’adolescent et pour les adultes qui l’accompagnent à grandir. Force est de constater avec les psychologues de l’adolescence que la majorité des adolescents traverse sans encombre majeure cette période, faisant appel à des ressources créatives pour trouver des solutions au tourment adolescent. Solutions pas toujours soutenues par les adultes, mais adaptées en fonction de ce que chacun ressent de son identité, de son corps, de ses projets, et surtout, du regard des autres. Une partie (1/10 environ) se retrouve toutefois dans des conduites inquiétantes, extrêmes, répétées, voire parfois pathologiques. Le processus normatif de l’adolescence inclut certains enjeux spécifiques, mis en exergue par Internet et ses outils. En premier lieu, la morosité (Mâle, Braconnier) qui est intrinsèque à ce mouvement pubertaire, visible dans la « déprime » des adolescents, le désenchantement face au monde qui les entoure et à leur identité nouvelle. Cette morosité produit l’ennui, l’isolement, la tristesse de l’adolescence sans que cela soit forcément excessif. L’adolescent contre souvent ce ressenti par « de l’agir » sous de multiples formes. En second lieu, l’adolescent est un individu social, pris dans des élans d’identification, en quête paradoxale de ressemblance et de différenciation pour se sentir exister : tout l’enjeu adolescent est de trouver place face aux parents et aux pairs. Une place « singulière », qui ne ressemble à aucune autre, mais qui peut se « coller » à ce que certains sont, pour s’en rapprocher tout en se distinguant.
« La révolution numérique : un décalage de valeurs entre générations »
L’adolescent de 2017 réalise ce travail de construction dans un contexte particulier : la transformation numérique de notre monde qui a complètement dépassé les enjeux purement techniques pour devenir un enjeu politique, démocratique et culturel. La génération des « millenials », celle qui n’a jamais connu le monde sans Internet est de loin la plus utilisatrice de ces outils et autres applications contribuant à leur vie numérique. Pendant que certains adultes s’alarment et regardent ces évolutions en tentant vainement de les retarder, cette fameuse génération ringardise notre monde, bien consciente du bouleversement en cours. Elle prend de la distance avec des adultes qui s’effacent peu à peu derrière leurs doutes et leurs propres fragilités. Cette révolution a creusé un nouveau fossé générationnel qui s’amplifie de jour en jour. Elle a induit un décalage de valeurs, Internet étant devenu une sphère d’influence bien plus importante, aux yeux de ces jeunes connectés, que nos références traditionnelles. En outre, le numérique bouscule notre rapport au temps, nous inscrivant dans une instantanéité aliénante qui tend à nous déshabiller de tout esprit critique.
« Même sans connaissance précise ni expertise, même sans passion, les adultes se doivent de réagir pour la sécurité de l’enfant »
Cette réalité numérique souligne le rôle des adultes et leur responsabilité. Normalement, les adultes prennent soin des enfants et des adolescents, les accompagnent dans leurs apprentissages, leur donnent les conditions d’une liberté « surveillée », guident et contiennent leurs expériences de vie. Or, dans la société numérique, face aux outils technologiques, cette logique semble malheureusement ébranlée. Malgré tout, la communauté éducative élargie se doit de tout faire pour rester garante du cadre et de limites « contenantes » pour que les enfants et adolescents structurent leurs identités sans trop se mettre en danger. Même sans connaissance précise ni expertise, même sans passion, les adultes se doivent de réagir, d’intervenir, de dire ce qu’ils pensent être juste et ce qu’ils défendent avec les autres adultes pour la sécurité des enfants.
« Blue Whale Challenge : nos prises de position maladroites »
Or, des événements actuels montrent une défaillance dans cette relation normalement « sécuritaire ». Depuis le début de l’année, en France entre autres, la propagation du Blue Whale Challenge nous donne un excellent exemple de perte de repère des adultes entre médiatisation, information et prévention. Face à un phénomène inquiétant, dans la réalité et dans la vie fantasmatique, des professionnels de l’enfance et de l’adolescence, et des associations ont porté à travers différents médias une parole répondant à une urgence, nécessitant un positionnement ni évident ni univoque. Aussi, le Blue Whale Challenge a connu un essor, outre via les réseaux sociaux des adolescents, dans la presse traditionnelle, ayant amené à une diffusion massive d’informations souvent ambivalentes. L’emprise et le défi du Blue Whale Challenge ont finalement touché leur but en fascinant aussi les adultes, cherchant paradoxalement à protéger et alerter par des discours communs. Nous pouvons déplorer l’engouement des professionnels et associations face au Blue Whale Challenge, amenant à la fois des informations précises sur le challenge et une dramatisation excessive : d’un côté, liste des défis diffusés à maintes reprises, nouveaux défis injectés par les adultes, rappel d’anciens défis démodés, images chocs sensationnelles, messages d’alerte jouant au même niveau que le contenu du challenge ; de l’autre, négligence du processus adolescent non différencié des conduites spécifiques morbides en lien avec le Blue Whale Challenge. Certains adultes, voire professionnels, pour ne pas paraître dépassés par le numérique, se sont mis en rivalité avec les adolescents et se sont improvisés experts sur base de rumeurs, sans même prendre le temps de vérifier les informations à propos desquelles ils sont interpellés.
Avec un peu de recul, nous souhaitons nous interroger ensemble sur nos prises de position maladroites. En agissant, « dans l’immédiateté », comme Internet nous y incite, sans réflexion collective, nous, adultes, nous mettons au même niveau de pensée que les adolescents, alors qu’eux se construisent et doutent, face à des adultes qui normalement réfléchissent et rassurent. L’exemple du Blue Whale Challenge nous questionne quant à la responsabilité des adultes qui semblent avoir rendu possible une mise en danger grave, allant jusqu’à la mise en acte de tentatives de suicide chez certains adolescents vulnérables. D’autrepart, pointe  une inquiétude croissante des parents méconnaissant les enjeux de l’adolescence, pouvant banaliser certaines manifestations et, à l’inverse, pris de panique pour leurs enfants, s’inquiéter d’autres conduites simplement adolescentes.
« Ne sommes-nous pas en mesure de nous appliquer nos propres préceptes ? »
Ces exemples illustrent parfaitement la difficulté de la diffusion de ce type de messages et le danger d’une sur-médiatisation pour lesquels la frontière entre information et prévention est plus que ténue. Alors que ces dernières années, les campagnes de prévention stigmatisantes concernant les pratiques numériques des enfants et des adolescents ont tendance à se multiplier, ces derniers événements viennent nous rappeler, s’il en était besoin, que nous devons, en tant qu’adultes référents, être garants d’une certaine exemplarité. La plupart des campagnes de communication à destination des jeunes insistent sur : « je réfléchis avant de publier ! » Ne sommes-nous pas en mesure de nous appliquer nos propres préceptes ? Aussi, comment communiquer avec prudence sur ces sujets, que ce soit dans la presse, dans les écoles, à la gendarmerie, dans la rue, ou encore dans la sphère familiale ?
« Pour une réflexion éthique »
En tant que professionnels et adultes responsables, nous réitérons la demande (communiqué de presse PAPAGENO, 04/04/2017) de limitation et de réflexion autour de ces campagnes d’information et de ces prises de parole « d’experts ». Nous souhaitons, suite à ces différents constats et pour éviter une répétition de ces événements qui mettent en danger nos enfants et adolescents, engager une vraie réflexion à l’échelle nationale avec l’ensemble des professionnels, médias et institutions qui le souhaitent. La place des discours adultes par rapport aux informations véhiculées sur les réseaux sociaux, initiateurs, limiteurs ou modèles, est vraiment à réfléchir sans tarder, pour aider les adolescents à grandir et pour soutenir la parentalité. Le numérique bouscule notre rapport au temps, mais si pour une fois justement, dans l’intérêt de nos enfants, nous prenions le temps ?
Pour participer à cette réflexion collective et porter des propositions, rejoignez-nous : ethique.numeriquelab@gmail.com  
Marion HAZA, psychologue, Maître de conférences, Université de Poitiers, Présidente d’ARCAD, secrétaire générale du CILA.
Thomas ROHMER, Expert en protection de l’enfance et numérique, Haut Conseil de la Famille de l’Enfance et de l’Âge (HCFEA).
Premiers signataires :
Amina ABDELKRIM, psychologue, Centre Hospitalier Charles Perrens, Bordeaux, Unité d'hospitalisation pour enfants et adolescents (UPSILON) et CMPEA Bordeaux centre
Dr Valérie ADRIAN, Psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, Bordeaux, membre de la SFPEADA, d’ARCAD et de la SMP
Frédéric ANTUNA, Psychiatre. Addictologue, CSAPA Agora Angoulême. Centre Hospitalier Camille Claudel
Association ARCAD (Association de recherche clinique sur l’Adolescence)
Mirentxu BACQUERIE, directrice EPE IDF, Fil Santé Jeunes.
Jean-Claude BARBEAU, Psychologue clinicien CH Henri Laborit Poitiers, Président de Cré-Action Psy‌
Joan BERNAUD, Psychologue, CSAPA Agora – Consultations Jeunes Consommateurs, Angoulême
Antoine BIOY, professeur de psychologie clinique et psychopathologie, université de Bourgogne
Frédéric BOUET, Coordonnateur - L'Agora-MDA, Maison Des Adolescents des Deux-Sèvres 
Dr Michaël BRUN, psychiatre, Bordeaux
Laetitia CANTON, psychologue, association Rénovation, Bordeaux
Dominique CHEDAL-ANGLAY, Directrice d’Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique, Libourne
Patrick COTIN, Maison des Adolescents
Carmen CUESTA, PJJ, UEMO Bordeaux
Dr Marc DELORME, psychiatre, pôle aquitain de l’adolescent, centre Jean Abadie, CHU de Bordeaux.
DESCARPENTRIE Simon, Acteur Clown Compagnie Les Decalous, directeur d'une maison d'enfants 
Dr Olivier DOUMY, Psychiatre, Praticien Hospitalier, Service CERPAD, CH Charles Perrens, Bordeaux.
Jean-Luc DOUILLARD, psychologue CH de Saintonge. 
Florent FAUGERE, psychologue, docteur en psychologie, chargé de cours à l'université de Bordeaux.
Dr FONT LE BRET Brigitte, Psychiatre Expert près la Cour d’Appel de Grenoble
Jean-Luc GASPARD, psychologue, psychanalyste, Maître de conférences, Université Rennes 2
Pr Ludovic GICQUEL, Chef du Pôle Universitaire de Psychiatrie de l'Enfant et de l’Adolescent, Médecin - Coordonnateur du CRA Poitou-Charentes, Unité de Recherche Clinique – CAPS, Centre Hospitalier Spécialisé Henri Laborit, Poitiers
Dr Erick GOKALSING, Psychiatre des Hôpitaux, CUMP Océan Indien, LE PORT, Île de La Réunion
Sandrine GUILLEUX-KELLER, psychologue clinicienne, thérapeute familiale, Bordeaux
Pr Philippe GUTTON, psychiatre, Psychanalyste, Fondateur de la revue Adolescence, Président du GREUPP.
Roberte HAMAYON, RH anthropologue, prof. émérite Ecole pratique des hautes études, Sorbonne, Paris.
Association HEBE (Adolescence psychanalyse et sciences affines), Tours
Dr Anne JOLY, psychiatre, Bordeaux et Pons
Pascal-Henri KELLER, Professeur émérite, Université de Poitiers. Psychanalyste
Dr Chantal LABADIE, médecin psychiatre, membre d’ARCAD. 
Jocelyn LACHANCE, socioanthropologue de l’adolescence, docteur en sociologie de l'Université de Strasbourg et en sciences de l'éducation de l'Université Laval, membre de l’Observatoire jeunes et société de Québec, codirecteur de la collection " Adologiques " et président de l’association Anthropoado 
M° Martine LAFITTE-HAZA, avocat, barreau de Mont de Marsan
Vanessa LALO, Psychologue clinicienne spécialisée dans les pratiques numériques
Dr Jean Yves LE FOURN, Pédopsychiatre, Psychanalyste, ancien Chef de service du Centre  Oreste,  Membre  du CILA,  Membre  du  Séminaire  de Recherche  de  la  Revue  Adolescence,  Membre  fondateur  et Président d’Honneur de l’Association Hébé
Maison Des Ados : Maison de Solenn, Paris
Pr Marie Rose MORO, Professeur de pédopsychiatrie Paris Descartes et chef de service de la Maison de Solenn
Jean-Philippe MOUTTE, Psychologue clinicien, Chargé d'enseignement en psychologie, CHU (Pôle aquitain de l'adolescent) et Université de Bordeaux.
OPEN (Observatoire de la Parentalité & de l’Education Numérique)
Laure PAYRE, psychologue clinicienne, Centre de Santé Mentale Infantile, ITEP Rive Gauche Bordeaux.
Maja PERRET-CATIPOVIC, Psychanalyste, Société Suisse de Psychanalyse, Directrice de l'Office Médico-Pédagogique de Genève, Suisse.
Nathalie PETIT, Psychologue Clinicienne, CSAPA-CMP Agora, Centre Hospitalier Camille Claudel
Romain PETITJEAN, psychologue clinicien en protection de l'enfance, Poitiers
Stéphane PINCHON, psychomotricien, psychologue clinicien, Bordeaux.
Dr Rémy PUYUELO, Pédopsychiatre, Psychanalyste (SPP), Rédacteur en Chef Revue Empan, Membre de la Société Européenne de Psychanalyse de l'Enfant et de l'Adolescent (SEPEA)
Gerassimos STEPHANATOS, psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste membre du Quatrieme Groupe (O.P.L.F), Président de l’Association d’études psychanalytiques de l’adolescence Enivos, Grèce.
Arnaud SYLLA, psychologue, centre Oreste, Tours, Association HEBE
Dr Philippe-Pierre TEDO, psychiatre, pôle aquitain de l’adolescent, centre Jean Abadie, CHU de Bordeaux.
Serge TISSERON, psychiatre, psychanalyste
Xanthie VLACHOPOULOU, psychologue, maître de conférences Paris Descartes, Institut du Virtuel IVSO