jeudi 28 février 2013

RETOURS SUR EXPO «Lettres» de Aurélien Grèzes

Exposition «Lettres» de Aurélien Grèzes a eu lieu à l’espace artistique Jour et Nuit (61 rue Saint-Charles, Paris 15e) les samedi 2 et dimanche 3 février 2013

Témoignages de Béatrice Dumont

A PROPOS DE L’EXPOSITION LETTRES D’AURELIEN GREZES (2-3 février 2013)
  Le week-end des 2 et 3 février 2013 l’espace artistique parisien Jour et Nuit a accueilli une exposition d’art contemporain intitulée Lettres. Cette installation d’Aurélien Grèzes se présente de la façon suivante : en pénétrant dans la salle d’exposition on découvre une table sur laquelle sont posées dix feuilles de papiers (neuf sont manuscrites et une est dactylographiée). Sur un petit écriteau affiché au mur nous découvrons le sujet : A partir d’un corpus de lettres de suicide, plusieurs personnes ont réécrit à la main des documents originaux. Des lettres fictives ont été également rédigées pour cette installation où réel et imaginaire se trouvent mêlés.
Pendant plus d’un an, Aurélien Grèzes a ainsi mené une recherche auprès de personnes ayant essayé de mettre fin à leur jour ou de familles qui ont ainsi perdu un proche. Son souhait était dans un premier temps de lire les lettres laissées à l’attention des proches avant la disparition. Il les a ensuite fait réécrire par d’autres mains (des personnes n’ayant aucun rapport avec l’auteur d’origine).
Parallèlement, l’artiste a proposé à d’autres personnes de rédiger une lettre fictive.
Ce que nous découvrons donc sur cette table ce sont dix lettres, fictives ou provenant de faits réels. Il est important de souligner qu’aucune des lettres provenant de faits réels n’est authentique : elles ont toutes été réécrites.

Ainsi mélangés ces documents entretiennent un mystère quant à leur origine. D’où proviennent ces lettres, de la réalité ou de l’imaginaire ? N’en sachant rien, elles nous apparaissent aussi vraies que fausses. D’ailleurs les « fausses » sont originales (écrites spécialement pour l’exposition) tandis que celles provenant de « faits réels » (donc les « vraies ») sont fausses puisqu’elles ont été recopiées.
Ces lettres nous intriguent non seulement par leur origine mais également par leur processus de création. Même les imaginaires dévoilent des émotions réelles, et pas seulement car nous pouvons imaginer qu’elles sont vraies. Les mots semblent à la fois intenses et légers. On ressent l’absence telle une présence, une existence sur le papier comme dans nos pensées.
Ce que l’artiste a cherché c’est à « détacher » les mots (leur sens) de leur apparence visuelle (l’écriture, graphique). Nous sommes émus par ce que nous lisons, ce que les mots expriment, mais notre émotion est « contenue » par l’écriture dont on sait qu’elle n’est pas celle d’origine. L’écriture agit comme un filtre qui atténue la douleur des mots. Nous prenons alors conscience de notre émotion. L’intention d’Aurélien Grèzes n’était pas d’émouvoir mais plutôt de suggérer une réflexion quant à cette émotion. Comment le doute, qui caractérise cette œuvre, agit-il sur notre ressenti ?

Avant de lire ces lettres j’avais une appréhension, la crainte d’être blessée par la douleur de ces mots. Ce qui m’a surprise c’est que l’émotion de cette œuvre n’était pas étouffante. J’ai perçu l’écriture, au sens visuel du terme, comme un écran nous plaçant à distance des mots. Face à eux j’ai senti que mon regard hésitait : proximité ou éloignement ? Notons enfin que les lettres étaient à portée de main. Un choix de l’artiste, et une nécessité car certaines lettres étant écrites recto verso il fallait les retourner pour les lire. Le contact physique avec les documents était étrange : le papier semblait quelconque au toucher, tout le contraire des mots qui  y étaient inscrits.

Béatrice Dumont


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