vendredi 24 mars 2017

COMMUNICATION DE l'IASP et de sa présidente La prévention du suicide dans un contexte international: Progrès et défis

La prévention du suicide dans un contexte international: Progrès et défis 
Éditorial de la revue Crisis  (2017), 38 (1), 1–6  mars 2017 de 
Ella Arensman, President, International Association for Suicide Prevention (IASP)
Director of Research, National Suicide Research Foundation, Department of Epidemiology and Public
Health, University College Cork, Ireland
WHO Collaborating Centre for Surveillance and Research in Suicide Prevention, Cork, Ireland

 

Titre original Suicide Prevention in an International Context Progress and Challenges
Source
International Association of Suicide Prevention (IASP) newsletter 16/03/2017 Voir le texte original https://gallery.mailchimp.com/caf0c76bf1ba13f043e03f0f5/files/30529f59-6185-4386-8e80-2bf817570e6a/Editorial_Crisis_March_2017.pdf

Traduction infosuicide.org

Les évolutions stratégiques mondiales de la prévention du suicide
Ces dernières années, le Plan d'action mondial pour la santé mentale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 2013-2020, a été un grand pas en avant dans la lutte contre le suicide à l'échelle mondiale (OMS, 2013), Saxena, Funk & Chisholm, 2013.
Ce plan a été adopté par les ministres de la santé dans tous les 194 Etats membres de l'OMS pour reconnaître formellement l'importance de la santé mentale, ce qui a été une réalisation remarquable. Parmi les pays membres de l'OMS, on compte 25 pays où le suicide est toujours criminalisé et 20 autres pays où, selon la charia, les auteurs de tentatives de suicide peuvent être punis de prison (Mishara & Weisstub, 2016). Le plan d'action couvre des actions spécifiques visant à améliorer la santé mentale et à contribuer à la réalisation d'un ensemble d'objectifs mondiaux convenus, notamment pour: a) intensifier de 20% la couverture des troubles mentaux graves; b) réduire de 10% le taux de suicide dans les pays d'ici 2020.
La publication ultérieure du rapport de l'OMS Prévenir le suicide: un impératif mondial en 2014 (OMS, 2014) a été stratégiquement une étape importante et opportune pour accroître l'engagement des gouvernements nationaux et des ministres de la Santé à passer d'un accord à l'action en matière de suicide la prévention. De nombreux membres de l'Association internationale pour la prévention du suicide (IASP) représentant toutes les régions du monde ont participé à la préparation de ce rapport. L'IASP, en collaboration avec le Département de la santé mentale et de l'abus de substances de l'OMS, a lancé des ateliers invitant les représentants des pays à discuter et à échanger des expériences sur l'élaboration et la mise en œuvre de programmes nationaux de prévention du suicide. En outre, l'IASP est en train d'établir un groupe international d'intérêt spécial pour soutenir l'élaboration et la mise en œuvre de programmes nationaux de prévention du suicide à l'échelle mondiale. Dans les six régions de l'OMS, l'IASP et l'OMS soulignent tous les ans l'importance des programmes nationaux de prévention du suicide à l'occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide. Le rapport de l'OMS fournit des conseils pour l'élaboration et la mise en œuvre de programmes nationaux de prévention du suicide tout en tenant compte des différentes étapes d'un pays, c'est-à-dire des pays où les activités de prévention du suicide n'ont pas encore eu lieu de réponse nationale. Dans les régions géographiques, les pays qui ont adopté un programme national de prévention du suicide peuvent avoir un impact positif sur les pays environnants et augmenter la priorité de la prévention du suicide dans les pays qui n'ont pas encore de programme national et ne veulent pas être une exception au sens négatif, Ils ne veulent pas être laissés derrière!  
Avons-nous progressé dans la prévention du suicide au niveau mondial?
Nous l'avons en effet! Depuis la publication du Plan d'action mondial de l'OMS pour la santé mentale et du rapport de l'OMS sur la prévention du suicide, plusieurs indications indiquent que le développement et la mise en œuvre de programmes nationaux de prévention du suicide se sont accélérés, notamment dans les pays comme Guyana (Ministry of Public Health, 2014), Suriname (Ministerie van Volksgezondheid, 2016), and Bhutan (Royal Government of Bhutan, 2015). En outre, l'IASP a soutenu une initiative du ministère de la Santé publique en Afghanistan visant à élaborer un programme national de prévention du suicide, appuyé par un groupe consultatif multisectoriel, qui a été de nouveau renforcé par le rapport mondial de l'OMS sur la prévention du suicide. Toutefois, la liaison avec les partenaires et les parties prenantes dans la prévention du suicide en Afghanistan, en particulier l'organisation de réunions en face à face, est difficile en raison des limitations d'infrastructure et de l'adversité en cours résultant des conflits et de la guerre. Une autre incitation est le fait que le rapport de l'OMS a été traduit dans les six langues des Nations Unies. Des lancements régionaux ont eu lieu au Mexique avec des représentants des pays hispanophones, au Caire, des représentants de la Région de la Méditerranée orientale de l'OMS et à Tokyo avec des représentants de la Région du Pacifique occidental de l'OMS. En outre, un nombre croissant de pays ont récemment terminé leur deuxième programme national de prévention du suicide, comme l'Angleterre (Ministère de la santé, 2012), l'Écosse (Le gouvernement écossais, 2013), l'Irlande (Ministère de la santé, 2015) et les États-Unis (Département américain de la santé et des services sociaux, 2012). Le plan national de prévention du suicide pour le Guyana (2015-2020, Ministère de la santé publique, 2014) a été particulièrement positif. Le taux global de suicide normalisé selon l'âge pour le Guyana en 2012 était de 44,2 pour 100 000, soit le taux de suicide le plus élevé au monde. Cela représente un taux extrêmement élevé de 70,8 pour 100 000 pour les hommes et un taux relativement élevé, dans un contexte international, de 22,1 pour 100 000 pour les femmes. En raison des inquiétudes suscitées par les taux élevés de suicide et l'engagement des ministères de la Santé et de la Santé publique au Guyana et de l'Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la santé (OPS / OMS), un plan national multisectoriel de prévention du suicide de cinq ans était préparé. La stratégie intègre des activités dans le continuum de la prévention du suicide qui représentent des interventions universelles, ciblant l'ensemble de la population afin de réduire l'accès aux moyens et de réduire la couverture médiatique inappropriée du suicide. En outre, des interventions sélectives ciblant les groupes à haut risque de suicide et des interventions indiquées ciblant les personnes qui présentent des signes de symptômes fortement associés au suicide, par exemple des lignes téléphoniques d'aide à la prévention du suicide et des réseaux d'entraide pour ceux qui ont des idées suicidaires et ont fait des tentatives de suicide , sont inclus. La stratégie repose sur des valeurs et des principes transversaux: a) couverture universelle de la santé; B) les droits de l'homme; C) la pratique fondée sur des données probantes - et les interventions en matière de traitement et de prévention; D) approche du cycle de vie; Et e) approche multisectorielle. Considérant qu'une tentative de suicide au Guyana est encore considérée comme une infraction pénale et que la personne impliquée peut être passible d'un emprisonnement de deux ans (Mishara et Weisstub, 2016), la publication du plan national de prévention du suicide est une réussite significative. Espérons que, grâce à une sensibilisation accrue et à la réduction de la stigmatisation, qui est un objectif clé du plan national, le statut juridique du suicide et de la tentative de suicide au Guyana sera de nouveau examiné d'urgence.


Enquête mondiale IASP-OMS sur la prévention du suicide et du suicide
Sur la base d'une enquête mondiale menée par l'IASP et le Département de la santé mentale et de la toxicomanie de l'OMS en 2013, les représentants nationaux de l'IASP de 90 pays (57%) ont rempli le questionnaire d'enquête et obtenu des informations sur les stratégies et activités nationales de prévention du suicide. Dans près des deux tiers (61%) des pays ayant répondu, le suicide était perçu comme un problème de santé publique important. Dans 31% des pays, le gouvernement a adopté une stratégie ou un plan d'action national complet. Parmi les pays qui n'avaient pas de stratégie nationale, un peu plus de la moitié (52%) des pays ont participé à des activités de prévention du suicide qui comprenaient une formation sur l'évaluation et l'intervention du suicide (38%), la formation des omnipraticiens (26%) et la formation à la prévention du suicide pour les professionnels non professionnels de la santé, y compris les premiers intervenants, les enseignants et les journalistes (37%). Une contribution unique de cette enquête a été que, pour certaines régions du monde, comme les régions de l'OMS en Méditerranée orientale et en Afrique, où les informations sur les activités de prévention du suicide étaient limitées ou absentes, de nouvelles informations ont été obtenues. Par exemple, dans 40% des pays de la Région de la Méditerranée orientale ayant répondu, un programme de formation sur l'évaluation du suicide et l'intervention pour les médecins généralistes était disponible, et dans 20% des pays de cette région, des programmes de formation sur la prévention du suicide professionnels. Un aperçu détaillé des résultats de l'enquête pour les différentes régions géographiques est en cours de préparation pour publication dans une monographie IASP.
Défis à venir
En dépit des progrès réalisés dans la prévention du suicide à l'échelle mondiale, nous sommes confrontés à de nombreux défis. L'exactitude et la fiabilité des statistiques sur les suicides sont une préoccupation constante dans un nombre considérable de pays (Tollefsen, Hem et Ekeberg, 2012). En ce qui concerne la mise en œuvre des programmes nationaux de prévention du suicide et la durabilité des interventions, un certain nombre de défis demeurent. Parmi les défis à relever figurent l'insuffisance des ressources, une coordination inefficace, le manque d'application de directives, l'accès limité aux données de surveillance sur le suicide et la tentative de suicide ou l'automutilation et le manque d'évaluations indépendantes et systématiques (OMS, 2014). En outre, il serait important qu'un programme national de prévention du suicide s'attaque aux développements en temps réel, comme la contagion et le regroupement de suicides émergents, les nouvelles méthodes de suicide et les nouveaux groupes vulnérables et à haut risque tels que les migrants et les réfugiés de Méditerranée orientale Pays, avec un risque accru de suicide et d'automutilation.
Les composantes types d'un programme national de prévention du suicide et de la base de données probantes.
En ce qui concerne le contenu d'un programme national de prévention du suicide, le rapport mondial de l'OMS recommande une approche systématique et résume les composantes types (OMS, 2014). Même si ces éléments sont appuyés par des preuves, la force et la cohérence des données probantes concernant certaines des composantes ou des interventions visant à réduire le suicide et la tentative de suicide ou l'automutilation varient d'une étude à l'autre.

Surveillance
L'accroissement de la qualité et de l'actualité des données nationales sur les tentatives de suicide et les tentatives de suicide / automutilation est une composante essentielle d'un programme national de prévention du suicide, en particulier l'établissement de systèmes intégrés de collecte de données permettant d'identifier les groupes, les personnes et les situations vulnérables. L'OMS a récemment publié un manuel pratique pour l'établissement et le maintien de systèmes de surveillance des tentatives de suicide et de l'automutilation. Ce manuel a pour but de fournir des orientations aux pays qui souhaitent mettre en place un système de surveillance de la santé publique pour les tentatives de suicide et les automutilations présentées dans les hôpitaux généraux (OMS, 2016). Bien qu'il n'existe pas de données nationales fiables sur la prévalence des tentatives de suicide / des manifestations d'automutilations dans les services d'urgence des hôpitaux des pays à revenu faible ou intermédiaire et sur le profil démographique et psychosocial des personnes concernées, la surveillance et le suivi de ce groupe à haut risque pourrait être une première étape vers la construction d'un programme national de prévention du suicide (Fleischmann et al., 2016).
Restriction de l'accès aux moyens
Cela implique la mise en œuvre de mesures visant à réduire la disponibilité et l'accès aux moyens de suicide fréquemment utilisés, par exemple les pesticides, les drogues, les armes à feu, l'amélioration de la sécurité des ponts, etc. Au niveau international, il est constant que limiter l'accès aux moyens létaux est associé à une diminution du suicide et que la substitution à d'autres méthodes est limitée (Zalsman et al., 2016). De plus, les données provenant de 18 études ont révélé une réduction constante du suicide suite à un accès restreint et une sécurité accrue des sites où les gens prenaient souvent leur vie (Pirkis et al., 2015). Fleischmann et al. (2016) ont également fait état de conclusions cohérentes appuyant la mise en œuvre de cette intervention dans les pays à faible revenu.
Médias
Il s'agit de la mise en œuvre de lignes directrices pour améliorer la déclaration responsable du suicide dans les médias imprimés, diffusés, Internet et sociaux. Le rôle des médias de masse s'est avéré efficace pour réduire la stigmatisation et augmenter le comportement d'aide. Il existe également des signes de résultats prometteurs basés sur des programmes de prévention du suicide à plusieurs niveaux (Niederkrotenthaler, Reidenberg, Till, & Gould, 2014). Une revue systématique portant sur 30 études sur les sites de médias sociaux pour la prévention du suicide (Robinson et al., 2016) a montré que les plateformes de médias sociaux pouvaient atteindre un grand nombre d'individus et permettre à d'autres d'intervenir après l'expression d'un comportement suicidaire. Cependant, les défis rapportés incluent le manque de contrôle sur le comportement de l'utilisateur, la possibilité de contagion du suicide, les limites dans l'évaluation précise du risque de suicide et les questions relatives à la vie privée et à la confidentialité. Fleischmann et al. Soulignent l'importance d'un reportage responsable sur le suicide dans les LMIC. (2016). Il faut cependant noter que l'évaluation de l'efficacité de cette intervention dans les pays à faible revenu et à faible revenu est nécessaire.

Formation et éducation
Éduquer les professionnels de la santé et les professionnels de la communauté à reconnaître la dépression et les signes précoces de comportements suicidaires est important pour déterminer le niveau de soins et de référence pour le traitement et la prévention subséquente des comportements suicidaires (Wasserman et al., 2012; ). La durabilité et le renforcement des capacités des formateurs et des avantages en termes de connaissances, d'attitudes et de confiance peuvent être obtenus au moyen d'un modèle de formation des formateurs (Coppens et al., 2014 et Isaac et al., 2009). Il y a certaines indications d'un lien entre les améliorations des résultats intermédiaires (p. Ex., Amélioration des connaissances, attitudes et confiance) chez les professionnels de la santé et les professionnels de la santé et les résultats primaires, par exemple la réduction des taux de suicide et d'automutilation (Hegerl, RummelKluge, Värnik, Arensman, & Koburger, 2011; Mann et al., 2005; Zalsman et al., 2016). Fleischmann et al. (2016) soulignent l'importance de la formation et de l'éducation par le biais du programme mhGAP de l'OMS dans les pays à faible revenu.
Traitement
Une revue systématique Cochrane récemment publiée sur l'efficacité des interventions psychosociales pour l'automutilation comprenait 29 ECR dont 8 480 participants (Hawton et al., 2016). L'intervention la plus couramment évaluée impliquait une thérapie psychologique basée sur la TCC avec une durée moyenne de 10 séances. Au moment du suivi, les personnes qui avaient reçu une TCC étaient beaucoup moins susceptibles de se livrer à des lésions auto-infligées répétées par rapport à celles qui recevaient le traitement comme d'habitude. Pour les personnes ayant des antécédents d'épisodes multiples d'automutilation, la thérapie comportementale dialectique a été identifiée comme réduisant la fréquence de l'automutilation répétée, mais n'a pas réduit la proportion d'individus répétant l'automutilation. Cependant, le nombre d'ECR effectués à ce jour est relativement faible. En outre, Zalsman et al. (2016) ont trouvé des preuves constantes de l'efficacité du lithium dans la réduction du comportement suicidaire chez les personnes souffrant de troubles de l'humeur. Même s'il existe des indications pour l'admissibilité de ces traitements dans les pays à faible revenu, la mise en œuvre nationale peut ne pas être réalisable en raison des coûts et du manque de professionnels de la santé mentale formés (Fleischmann et al., 2016).
Sensibilisation et réduction de la stigmatisation
Il s'agit d'accroître la sensibilisation par le biais de campagnes d'information du public afin de soutenir que les suicides sont évitables et d'accroître l'accès public et professionnel à l'information sur tous les aspects de la prévention des comportements suicidaires. La réduction de la stigmatisation implique la promotion de l'utilisation des services et services de santé mentale pour la prévention de la toxicomanie et du suicide ainsi que la réduction de la discrimination à l'égard des personnes qui utilisent ces services (OMS, 2014).
Il existe de nouvelles preuves de ces interventions à partir d'interventions communautaires à plusieurs niveaux visant à améliorer les soins aux personnes atteintes de dépression et simultanément à sensibiliser et à former les professionnels de la santé et les professionnels communautaires à l'identification précoce du risque de suicide (Hegerl et al., 2013 , Szekely et al., 2013), avec des effets synergiques prouvés de la mise en œuvre simultanée d'interventions fondées sur des données probantes (Harris et al., 2016).
En raison de la faisabilité de la mise en œuvre d'interventions communautaires à plusieurs niveaux dans des pays culturellement différents, cette approche est également éligible à la mise en œuvre dans les LMIC (Fleischmann et al., 2016).
Postvention
L'amélioration de la réponse aux personnes touchées par le suicide et les tentatives de suicide est considérée comme un élément clé des programmes nationaux de prévention du suicide (OMS, 2014). Il y a de nouvelles preuves appuyant les effets bénéfiques d'un certain nombre d'interventions, y compris le counselling postvention pour les survivants et la sensibilisation sur les lieux d'un suicide (Szumilas & Kutcher, 2011). De plus, des lignes directrices fondées sur des données probantes ont été publiées récemment (Cox et al., 2016) pour répondre au suicide dans un établissement d'enseignement secondaire. Cependant, de nouvelles recherches sont nécessaires sur l'efficacité des services de prévention et des interventions visant à réduire le suicide et la tentative de suicide / automutilation.

Intervention en cas de crise et accès aux services
Cela implique d'accroître la capacité des communautés à réagir à des crises telles que les nouveaux clusters de suicide ou le meurtre-suicide, avec des interventions appropriées, y compris l'accès aux soins de santé mentale d'urgence pour les personnes en situation de crise, par téléphone ou par Internet (OMS, 2014 ). L'examen systématique par Zalsman et al. (2016) a constaté des effets incohérents pour les interventions de crise et de suivi sur les tentatives de suicide et l'idéation, et il recommande de poursuivre l'étude de l'efficacité. Cependant, Fleischmann et al. (2016) a envisagé la mise en œuvre de ces interventions dans les pays à faible revenu, mais avec un suivi permanent de la faisabilité et de l'évaluation des effets sur la réduction du suicide et de la tentative de suicide ou d'automutilation.
Outre les composantes recommandées dans le rapport de l'OMS (OMS, 2014), l'étude de Zalsman et al. (2016) ont également signalé que la qualité des études d'évaluation des programmes scolaires s'est améliorée au cours de la dernière décennie depuis l'examen de Mann et al. (2005). Il existe de plus en plus de preuves à partir des ECR sur l'alphabétisation en santé mentale, la sensibilisation au risque de suicide et la formation professionnelle dans un établissement d'enseignement secondaire et leur incidence sur la réduction des tentatives de suicide et les idées suicidaires sévères (Zalsman et coll., 2016).
L'inclusion du taux de mortalité par suicide comme indicateur des objectifs de développement durable des Nations Unies pour l'année 2030 attire l'attention sur le suicide et sa prévention. Les progrès de la prévention du suicide au niveau mondial et la base de données probantes pour les programmes nationaux de prévention du suicide seront une priorité permanente de l'IASP et un thème clé du programme du 29e Congrès mondial de l'IASP, intitulé «Prévenir le suicide: un engagement mondial,  pour les communautés des Continents ", du 28 au 22 juillet 2017, à Kuching, Sarawak, Malaisie (http://www.iasp2017.org).


Voir le texte original et sa bibliographie https://gallery.mailchimp.com/caf0c76bf1ba13f043e03f0f5/files/30529f59-6185-4386-8e80-2bf817570e6a/Editorial_Crisis_March_2017.pdf 

MANIFESTATION Lyon (69) Rencontre des acteurs du Rhône pour la prévention des conduites suicidaires

Prochaine réunion du réseau de prévention des conduites suicidaires du Rhône
Mercredi 12 avril de 14h00 à 16h30
Lieu :
Espace Conférences Sanou Souro – Salle 1
ARHM - site de l’hôpital Saint Jean de Dieu
290, route de Vienne, Lyon

Demi-journée d’information, de réflexion et de mise en réseau entre acteurs rhodaniens concernés par la question des conduites suicidaires

Information : Présentation de la journée

Informations contact
CRPCS (Centre Ressource de Prévention des Conduites Suicidaires)
Institut Régional Jean Bergeret
9 quai Jean Moulin 69001 Lyon
04 72 10 94 39
contact.crpcs@arhm.fr
http://crpcs-irjb.arhm.fr/


Pour consulter l'offre de formations 2017 du IRJB:
http://www.irjb.fr/files/downloads/Doc_OffreFormations_IRJB_2017.pdf


PROJET A SUIVRE ET APPEL A PARTICIPATION de médecins généralistes de Haute Garonne, dispositif de soins partagés en psychiatrie

Étude DSPP-PSY de l' URPS médecins Libéraux Occitanie  
Source urps-occitanie.org*

Étude DSPP-PSY

Nous venons d’ouvrir sur Toulouse, un dispositif de soins partagés en psychiatrie (DSPP) financé à titre expérimental par l’ARS Occitanie pour un an.
Dans le cadre de l’expérimentation de ce dispositif, nous réalisons une étude pour évaluer son utilité et nous vous sollicitons pour savoir si vous accepteriez d’y participer.
Il s’agit d’un dispositif spécialement dédié aux médecins généralistes de Haute Garonne pour la prise en charge des patients présentant une souffrance psychique ou un trouble mental.
En effet, les médecins généralistes sont les médecins de premiers recours pour ces patients, bien avant les psychiatres ou les psychologues. La collaboration entre médecins généralistes et psychiatres doit pouvoir être améliorée par une réponse plus adéquate aux besoins des médecins généralistes. L’organisation du système de soin psychiatrique actuel est insatisfaisante et les dispositifs de soins partagés ont vu le jour pour y remédier.
Le DSPP propose de recevoir les patients adressés par leur médecin généraliste, dans le délai que celui-ci juge acceptable, pour une évaluation avec un psychiatre sur une à quelques consultations. . Au préalable un entretien téléphonique avec une infirmière du DSPP aura lieu avec le patient pour faire le point sur sa situation avant la consultation médicale. Par la suite un projet de soin en accord avec la place que le médecin généraliste souhaite prendre dans le suivi est élaboré avec le patient. Le médecin généraliste peut souhaiter rester le référent du patient pour le soin psychique ou le DSPP peut orienter le patient vers un suivi spécialisé
Les médecins généralistes volontaires pour participer seront tirés au sort et randomisés en 2 groupes, l’un ayant accès au DSPP (groupe intervention), et pour les besoins d’une étude comparative l’autre non. A la fin de l’étude, les médecins généralistes du groupe contrôle auront bien entendu accès au DSPP.
Il s’agira pour chaque médecin généraliste d’inclure uniquement 4 patients dans l’étude sur une durée totale de 2 mois, de janvier à février 2018.
Il s’agira pour le médecin généraliste qui reçoit en consultation un patient présentant une souffrance psychique ou un trouble mental et pour lequel il souhaite une consultation psychiatrique de :
-recruter le patient et de lui remettre 2 questionnaires (temps estimé 10 min).
-signaler l’inclusion du patient en précisant quelques renseignements cliniques auprès de l’investigateur principal par médimail (temps estimé 5 min).
Vous pourrez continuer à prendre en charge votre patient comme à l’accoutumée, et pour les médecins du groupe intervention, vous aurez la possibilité de l’adresser au DSPP.
Les données médico-administratives du patient (assurance maladie, hospitalisation) seront ensuite recueillies de manière passive et des questionnaires lui seront envoyés à 3, 6 et 12 mois après la consultation.
Vous pouvez vous inscrire pour participer à l’étude en cliquant sur le lien ci-dessous
http://urps-occitanie.org/enquete/index.php/152322?lang=fr

* http://urps-occitanie.org/?p=1387

ETUDE RECHERCHE FRANCE Tentative de suicide chez l’enfant et l’adolescent et bipolarité


Tentative de suicide chez l’enfant et l’adolescent et bipolarité

N. Dugand a, ⁎ , S. Thümmler a, C. Pradier a, F. Askenazy b

a Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, hôpitaux pédiatriques de Nice CHU Lenval, 57, avenue de la Californie, 06200 Nice, France
b Département de santé publique du CHU de Nice, hôpital de l’Archet 1, 151, route Saint-Antoine de Ginestière, 06200 Nice, France
dugand.n@pediatrie-chulenval-nice.fr

L'Encéphale
Sous presse. Epreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le samedi 4 mars 2017


Résumé

Introduction

Le diagnostic de trouble bipolaire (TB) de l’enfant et l’adolescent augmente le risque de tentative de suicide (TS).

Objectifs

L’objectif principal est d’identifier le nombre de diagnostic de TB (DSM-5) dans une population d’enfants et adolescents ayant fait une TS.

Méthodes

Étude de soins courants portant sur des suicidants de 6 à 18 ans, inclus consécutivement pendant 4 mois et suivis pendant 12 mois. À l’inclusion : évaluation diagnostique standardisée DSM-5 du TB et répartition des patients en deux groupes : TB+ trouble bipolaire ; TB− : non bipolaire. Lors du suivi : évaluation du nombre de récidive de TS à 3 et 12 mois et nouvelle évaluation diagnostique DSM-5 effectué à 12 mois dans les 2 groupes.

Résultats

Au total, 26 (22F/4M) patients sont inclus, d’âge moyen 14,5 ans et 20/26 d’entre eux sont suivis à 12 mois. Selon les critères DSM-5 : 5 diagnostics (19,2 %) de bipolarité sont posés à l’inclusion. À 12 mois : aucune récidive de TS n’est observée dans le groupe TB+, mais (45 %) dans le groupe TB, 75 % patients présentent une persistance du diagnostic de bipolarité à 12 mois.

Conclusion

Le diagnostic de bipolarité paraît stable à 12 mois. L’évaluation standardisée DSM-5 du diagnostic de bipolarité chez l’enfant et l’adolescent est indispensable pour la prise en charge et le suivi à moyen et long terme.

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013700617300210

RECHERCHE ETUDE EPIDEMIO USA Les taux de suicide en milieu rural ont dépassé les taux urbains De 1999 à 2015


Les taux de suicide en milieu rural ont dépassé les taux urbains De 1999 à 2015
D'après article du 17/03/2017 Rural Suicide Rates Outpaced Urban Rates From 1999 to 2015 alert.psychnews.org*

Les taux de suicide aux États-Unis ont augmenté régulièrement entre 1999 et 2015, mais les taux pour les comtés moins urbains ont grimpé plus vite que ceux des villes, selon un rapport publié aujourd'hui par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

L'écart de taux entre les zones moins urbaines et les zones urbaines s'est élargi avec le temps, et les taux dans les métropoles moyennes, les petites métropoles et les zones non métropolitaines ont augmenté à un rythme plus rapide à partir de 2007-2008 », a écrit Scott Kegler, Ph.D. , De la Division de l'analyse, de la recherche et de l'intégration de la pratique des CDC et de deux collègues dans le Rapport hebdomadaire sur la morbidité et la mortalité. Morbidity and Mortality Weekly Report.
Les taux globaux sont passés d'une moyenne de 12,6 pour 100 000 en 1999-2007 à une moyenne de 14,4 pour 100 000 en 2008-2015. Toutefois, les taux ont bondi d'environ 15/100 000 dans les zones rurales en 1999 à environ 22/100 000 en 2015. Dans les grandes régions métropolitaines centrales, le taux est passé d'environ 11/100 000 à 12/100 000.

Kegler et ses collègues ont suggéré que certains des facteurs associés à la disparité étaient la pénurie de cliniciens dans les zones moins urbaines ainsi que l'accès limité aux soins de santé mentale, l'isolement social et les effets de l'épidémie de surdosage opioïde et la récession économique 2007-2009 (Qui a frappé les zones rurales particulièrement durement).

«Il existe un besoin croissant de prévention globale du suicide au moyen d'une large approche de santé publique», ont-ils conclu. Outre les stratégies générales anti-suicide, une aide supplémentaire pour les zones rurales pourrait inclure l'augmentation du nombre de fournisseurs de soins de santé par des mesures incitatives, l'élargissement de l'utilisation de la télépsychiatrie et la promotion des liens sociaux.

* http://alert.psychnews.org/2017/03/rural-suicide-rates-outpaced-urban.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+PsychiatricNewsAlert+%28Psychiatric+News+Alert%29

jeudi 23 mars 2017

RECHERCHE ETUDE DANEMARK La perte d'un conjoint ou d'un partenaire par suicide liée à des troubles physiques et mentaux

La Perte de conjoint ou de partenaire par suicide liée à des troubles physiques et mentaux
source Loss of Spouse or Partner to Suicide Linked to Physical, Mental Disorders
22 mars 2017  www.jhsph.edu *

  Selon une étude à grande échelle, de nombreux risques peuvent persister pendant cinq ans

Les gens qui perdent un partenaire par suicide sont à risque accru pour un certain nombre de troubles mentaux et physiques, y compris le cancer, la dépression, hernies discales et les troubles de l'humeur que ceux de la population générale, suggère une nouvelle étude de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.

L'étude, considérée comme le premier examen à grande échelle de l'impact plus large de la perte d'un partenaire par suicide, souligne la nécessité de systèmes de soutien pour les partenaires endeuillés et d'autres personnes qui ont perdu des proches par suicide, Atténuer certains effets. Plus de 800 000 personnes dans le monde meurent par suicide chaque année, et le taux de suicide dans de nombreux pays, y compris les États-Unis, est à la hausse.

L'étude, publiée en ligne le 22 mars dans JAMA Psychiatry, a suivi pendant 35 ans 4 814 hommes danois et 10 793 femmes danoises endeuillés par suicide de leur partenaire,  de 1980 à 2014, et les a comparées à la population générale du Danemark.

«C'est une expérience extrêmement dévastatrice lorsque quelqu'un que vous aimez meurt subitement par suicide», explique Annette Erlangsen, Ph.D., professeure adjointe au Département de santé mentale de l'École Bloomberg. «Nous avons pu montrer que le fait d'être exposé à un événement de vie stressant comme le suicide de votre partenaire comporte des risques plus élevés pour les troubles physiques et mentaux et est différent de perdre un partenaire par d'autres causes de décès, comme une maladie ou un accident soudain.

À l'aide du registre national de la cause du décès, les chercheurs ont identifié tous les habitants du pays âgés de 18 ans ou plus qui sont morts par suicide depuis 1970. En utilisant des dossiers nationaux sur l'ensemble de la population, l'équipe a ensuite identifié des partenaires survivants,  ou ceux qui ont cohabité avec le defunt et ont étudié ces dernières années après la perte.

Les chercheurs ont comparé ces données à deux groupes: la population générale du Danemark âgée de 18 ans ou plus vivant dans le pays entre 1980 et 2014 et les personnes dans la population générale qui étaient endeuillées par le décès du partenaire pour d'autres causes que le suicide.

Ceux qui ont perdu des partenaires par suicide étaient plus à risque accru de cancer, de cirrhose du foie et de hernie discale de la colonne vertébrale que la population générale. Après un suivi à long terme, il y avait un risque accru de troubles du sommeil et, pour les femmes seulement, des maladies respiratoires chroniques. Comme la recherche antérieure, l'étude a constaté que le risque était particulièrement élevé au cours des cinq premières années après la perte. L'étude a révélé que l' endeuillé par suicide avait un risque accru de troubles de l'humeur, de PTSD, de troubles anxieux, de trouble de l'alcoolisme ainsi que d'automutilation par rapport à la population générale.

«Le taux de suicide aux États-Unis est en augmentation, ce qui rend cette recherche encore plus pertinente», affirme un autre auteur de l'étude, Holly C. Wilcox, Ph.D., professeur agrégé à l'école Bloomberg Département de santé mentale et de l'Université Johns Hopkins School of Medicine De psychiatrie. «Les fournisseurs de soins de santé, les amis et les voisins ne savent souvent pas comment mieux soutenir les personnes endeuillées par le suicide."

Bien que les chercheurs n'aient pas été surpris par les orientations des résultats, il y avait certaines choses qui étaient inattendues, comme la constatation d'un risque accru pour une hernie discale. De plus, ils ont constaté que les partenaires qui avaient perdu un être cher par suicide et qui se remariaient avaient une moindre chance de divorcer que la population générale. À environ 44 pour cent, le taux de divorce au Danemark est comparable à celui d'autres pays développés, y compris les États-Unis. «Peut-être que les personnes qui ont subi une telle perte traumatique pourraient être plus sélectives lorsqu'elles choisissent un nouveau partenaire et, en tant que telles, sont moins susceptibles de subir un divorce», dit Erlangsen.

La recherche souligne la nécessité d'interventions à la fois personnelles et professionnelles pour les personnes dont la vie a été touchée par le suicide de leur conjoint ou partenaire.

«Il s'agit d'une population qui a besoin de soutien et d'approche», dit Wilcox. «Survivre au suicide d'un membre de la famille est souvent une expérience très isolante. Souvent, les amis et la famille des personnes endeuillées ont peur de dire la mauvaise chose du coup ils ne disent rien du tout. Le stigmate associé au suicide peut conduire les survivants à souffrir en silence seul. "

Les chercheurs disent qu'ils ont choisi le Danemark parce qu'il a un ensemble de données si riche. La Suède dispose de bases de données relativement riches pour les études à grande échelle. Les États-Unis ne le font pas. Les résultats, selon les chercheurs, sont applicables à d'autres pays.

“A longitudinal and nationwide register-based study of the association between spousal suicide and mental, physical, and social health outcomes”» a été rédigée par Annette Erlangsen, Ph.D.; Bo Runeson, MD, PhD; James M. Bolton, MD; Holly C. Wilcox, PhD; Julie L. Forman, PhD; Jesper Krogh, DMSc; M. Katherine Shear, MD; Merete Nordentoft, DMSc; Et Yeates Conwell, MD.

La recherche a été financée par la Fondation américaine pour la prévention du suicide et la Fondation danoise d'assurance maladie.

Contacts des médias pour l'École de santé publique Bloomberg de Johns Hopkins: Stephanie Desmon au 410-955-7619 ou sdesmon1@jhu.edu et Barbara Benham au 410-614-6029 ou bbenham1@jhu.edu .

http://www.jhsph.edu/news/news-releases/2017/loss-of-spouse-or-partner-to-suicide-linked-to-physical-mental-disorders.html

RECHERCHE ETUDE FRANCE L’étude DEPITAC : dépister précocemment le stress post-traumatique

L’étude DEPITAC : dépister précocemment le stress post-traumatique
Cet article fait partie du dossier : Compétences infirmières
L'association TraumaPsy a sollicité des infirmières hospitalières de traumatologie pour participer, via un outil spécifique, au dépistage précoce du stress post-traumatique de patients hospitalisés suite à un accident de la voie publique ; un besoin évident face à un diagnoctic trop tardif qui accroit notamment le risque suicidaire.
Les accidents de la circulation sont le principal pourvoyeur de stress post-traumatique
Rappelons-le en préambule, le stress post-traumatique survient lorsque le cerveau n’est pas à même de réagir correctement à une émotion trop forte. Le cortex préfrontal n’intègre alors plus les représentations et les perceptions en puisant dans les expériences vécues, l’amygdale et l’hippocampe ont sur-mémorisé les éléments émotionnels et factuels de l’évènement traumatisant. Ces mécanismes entraînent par la suite des troubles psychiques de non extinction du souvenir : des reviviscences de l’évènement traumatique, des cauchemars, de l’hypervigilance, de l’anxiété et de la panique, des évitements ainsi que des troubles psychosomatiques : eczéma, ulcères gastriques, douleurs diffuses… et surtout un risque suicidaire accru. Environ 30% de la population générale a été confronté à un évènement traumatique, et 2% présente un SPT chronique.
De nombreuses études scientifiques ont fait l’objet du soutien de notre association TraumaPsy, association indépendante créée en 2002 dans le but de soutenir toute action relative à la reconnaissance du syndrome Psychotraumatique et à l’amélioration de la prise en charge du traumatisme psychique. La dernière étude scientifique, DEPITAC, se démarque profondément de toutes celles menées préalablement car le personnel infirmier en a été le pivot. DEPITAC montre l’intérêt d’un outil de dépistage du Stress Post-Traumatique suite à un AVP (Accident de la Voie Publique). Le stress post-traumatique est le cancer de l’âme et du cœur, véritable maladie du silence car la personne qui en est victime ne peut exprimer ses ressentis et sa souffrance. Constatons que le stress post-traumatique est encore bien trop souvent diagnostiqué très tardivement ou, malheureusement même parfois, trop tard car le risque suicidaire est accru.
Les accidents de la circulation sont le principal pourvoyeur de stress post-traumatique, bien que cela ait été occulté par les récents évènements terroristes. En effet, on compte en 2015 :  57 251 accidents de la route et 3464 tués. La prévalence de la survenue d’un SPT après un AVP  oscille de 6 % à 45% selon les études mais 6% des chiffres suivants montrent déjà l’importance d’un dépistage précoce.  En effet, 3464 tués : un nombre d’endeuillés à multiplier par autant de proches du tué : 3, 4 ? plus ? 27 214 blessés hospitalisés, 44 985 blessés légers, soit par an environ 85 000 personnes X 6% : 5 000 personnes au minimum. Et combien de témoins et de personnels de secours choqués…
L’étude DEPITAC a visé à proposer un outil de dépistage précoce réalisé par des infirmières hospitalières.  Celles-ci ont posé dix questions à des patients hospitalisés dans leur service dans les 15 jours après leur AVP. Le nombre de patients inclus dans l’étude est de 275. Un chiffre considérable réalisé dans six centres de traumatologie : CHR de Lille,  CH Saint Vincent  et CH Saint Philibert  de l’Institut catholique de Lille, CH de Douai, CH Pompidou Paris, CH de Grenoble. Il n’a pas été facile de convaincre les services infirmiers de participer à cette étude, car en général, les états psychiques sont communément pris en charge par les services de psychiatrie de liaison. Et dans ce cas précis, aucun besoin n’était demandé par les patients, ni a priori nécessité. La peur bien légitime était de mal faire, de déclencher un trouble potentiellement latent et de ne pas savoir le gérer. Ce qui est tout à fait déstabilisant et, également, le fait d’empiéter sur un domaine médical hors-sujet, en dehors du périmètre de soin habituel, déjà très chargé, de la profession infirmière qui effectue en traumatologie des soins somatiques et où la part du psychique n'est pas la priorité. Nous sommes d’autant plus reconnaissants à ces pionnières.
Finalement, cela s’est bien passé. Les réticences du départ se sont peu à peu évanouies et les dix questions ont été posées à bien plus de 275 patients, car comme dans toute étude, il y a eu des abandons car le suivi a été long : les patients ont été recontactés à 8 semaines, 6 mois et 1 an par un psychologue attaché à l’étude. Les services de psychiatrie de liaison ont répondu présent à chaque demande formulée par les infirmières et les patients. Les résultats de l’étude sont très encourageants. Il semble que trois questions s’avèrent significatives dans le dépistage du stress post traumatique :
  • la Présence d’autres blessés ou décédés dans l’ AVP ;
  • la Présence d’une dissociation post-AVP ;
  • S’être vu mourir dans l’AVP.
La réponse positive à ces trois questions permet d’alerter précocement les équipes psychiatriques de liaison ou de psychotraumatologie.
Plus d’information sur notre site www.traumapsy.org et dans l’espace professionnel accessible sur mot de passe gratuit. 
Présidente de l'association TraumaPsyhttp://traumapsy.com
mcm.ftp@wanadoo.fr

Soigner en prison : des prises en charge spécifiques et globales

Soigner en prison : des prises en charge spécifiques et globales
23 mars 2017 | Emilie LAY | http://www.actusoins.com*

Polyvalents, les soignants font face à des troubles psychiques, des addictions, aux maux liés à la précarité et à la surpopulation, mais aussi à des maladies chroniques. La prévention se développe également.



©Natacha Soury. L'infirmière reçoit en salle de soin un patient qui s'est scarifié les bras pendant la nuit. Avec patience elle nettoie les plaies et essaye de convaincre le détenu que l'automutilation n'est pas la solution à ses problèmes.

Au centre de détention de Nantes, la journée démarre fort pour Marie-José, à l’UCSA (unité de consultation et de soins ambulatoires). Elle examine la gorge de l’un, grade la douleur cervicale d’un autre, qui semble à peine sorti de l’adolescence… Les infirmières y ont un rôle de diagnostic et d’orientation. Le quotidien, fait de bobologie, de maladies multiples et de réanimations en cellule avec le médecin, suppose polyvalence et expérience.
Les urgences récurrentes sont « les crises convulsives, les tentatives de suicide, les surdosages médicamenteux parce que le détenu veut dormir pour tout oublier… », détaille Béatrice Carton, médecin et chef de service de l’UCSA de Bois d’Arcy (78).
Les pathologies de la précarité, les addictions – chez la moitié des détenus – les maladies mentales – dix fois plus que dehors – y sont aussi monnaie courante (1). Nombre de patients initient là leur parcours de soins.

Une attention continue
« Tout passe par l’écoute et la relation, insiste Roch-Etienne Noto Migliorino (2). En une seule personne, on retrouve du somatique, du psychique, une histoire d’abandons, de pauvreté et de violences. Il faut de la distance pour absorber cela. » A plus forte raison en psychiatrie où, au contraire des UCSA, les soignants connaissent les motifs d’incarcération, pour des raisons d’objectifs thérapeutiques.
Dans la salle de soins nantaise, Brigitte reçoit un habitué. Elle se bat avec le pansement placé pendant la nuit par SOS médecins, sur un bras couvert de scarifications. L’homme a la main enflée à force de cogner contre la porte de sa cellule. Il répète d’une voix dénuée d’émotion qu’il veut mourir. Lui, est déjà suivi au SMPR (service médico-psychologique régional). « Si besoin, on peut facilement leur demander de l’aide. »
En 2015, il y a eu un suicide tous les trois jours dans les prisons françaises. Des malades psychiques décompensent. Des addictions s’amorcent. Les troubles psychosomatiques sont nombreux, et c’est souvent, pour les détenus, l’occasion d’entrer en communication avec les soignants. A Bois d’Arcy, les infirmières les invitent tous les cinq mois en consultation de suivi. Elles prennent le temps d’y évoquer l’alimentation, le sommeil, les codétenus, les parloirs…
Patients en perte d’autonomie

©Natacha Soury. L'équipe est fière de présenter un travail de prévention réalisé avec l'un de leurs patients, une BD réalisée par un artiste détenu. Vilkidam a déjà été récompensé deux fois au Festival d'Angoulême.

Maintenir les patients en bonne santé reste un pari, d’autant que les conditions d’hygiène favorisent les abcès, les cas de gale et de nombreux troubles dermatologiques. En mai dernier, la maison d’arrêt de Bois d’Arcy abritait 867 détenus pour une capacité de 500 places. « La surpopulation, c’est le cancer de l’administration pénitentiaire, juge Marie-Laure, infirmière à l’UCSA. La promiscuité accroît le risque de contagiosité. Le dépistage de la tuberculose est systématique à l’arrivée. »
Dans les établissements pour longues peines, la durée de la captivité permet au moins une continuité des soins. On y gère aussi davantage de maladies chroniques et de gériatrie. Selon la direction de l’administration pénitentiaire, 115 détenus étaient en perte d’autonomie, en 2012.
Les prisons s’adaptent. Depuis cinq ans, une auxiliaire de vie sociale du conseil départemental réalise les soins de nursing à Nantes. Un soulagement pour les infirmières et de meilleures conditions de toilette pour ces patients.
Mais certaines prises en charge sont impraticables en prison. « Nous avons vu des fins de vie ici. Autrefois, on envoyait les patients à l’hôpital au dernier moment. Ils y mouraient deux jours après, raconte Dominique, infirmier à l’UCSA. Ces situations n’existent plus. Les UHSI (unités d’hospitalisation sécurisées interrégionales) étaient le maillon manquant : on hospitalise plus tôt. »
Reste que ces réponses, si positives soient-elles, questionnent l’effectivité de la loi de 2002, qui prévoit la sortie anticipée des personnes présentant « un état de santé durablement incompatible avec leur maintien en détention ».
La prévention, mission essentielle
Les actions de prévention, mission essentielle, doivent s’adapter sur le fond et la forme à la vie carcérale. Les risques sont spécifiques. Une innocente tondeuse à cheveux partagée par plusieurs détenus peut devenir vectrice d’une maladie infectieuse. La sexualité entre détenu(e)s ou au parloir reste clandestine… La liste est longue.
Les professionnels de santé rivalisent d’imagination pour les concevoir. A Bois d’Arcy (78), les soignants ont organisé, en 2013, des ateliers sur l’alimentation et la sédentarité avec un éducateur sportif. Ils se sont conclus par un concours de cuisine soutenu par la Fondation M6, sur le modèle de l’émission « Top chef ». Une mise en pratique réalisée en cellule !
« Nous avions étudié 100 dossiers, qui ont révélé une prise de poids de quatre kilos en moyenne après quatre mois d’incarcération, rappelle Marie-Laure, infirmière de l’UCSA. Beaucoup ne mangent pas les repas fournis par la pénitentiaire. Et selon moi, les barquettes sont trop petites pour les gaillards d’ici. » Alors, ils grignotent une alimentation riche en féculents et en sucreries, acquise grâce à la « cantine », système qui permet d’acheter des produits pour améliorer le quotidien.
Les soignantes du centre de Nantes se sont attaquées à la constipation, répandue en détention. Mais dans certaines prisons, le nombre de participants aux ateliers de prévention est restreint. Les locaux adéquats manquent.
Rendre les messages accessibles
Comment faire passer les messages ? Patricia et le détenu-artiste Vilkidam (un pseudonyme) se sont rencontrés en consultation anti-tabac. L’infirmière lui a alors proposé de réaliser une courte bande dessinée de prévention. « Mon intérêt était juste de dessiner, au service d’une idée qui n’était pas la mienne. Nous en avons d’abord discuté car j’étais dans le flou sur ce thème », explique Vilkidam. Avec les infirmières, l’artiste a créé deux planches, présentant face-à-face les comportements sains ou néfastes. Dépourvu de texte, le message est accessible aux personnes illettrées ou non-francophones.
A Villeneuve-lès-Maguelone (34) encore, un détenu chargé de la rubrique santé d’un journal réalisé et diffusé en prison, assiste systématiquement aux actions de prévention. Le compte-rendu, validé par les professionnels de santé, est publié la semaine suivante.
Emilie Lay
Actusoins magazine infirmierCet article est le deuxième volet du dossier "Soigner en prison" paru dans le numéro 21 d'ActuSoins (Juin/Juillet/Août 2016).
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Des solutions construites ensemble
Depuis fin 2014, Médecins du Monde mène de son côté un programme de santé communautaire dans les établissements nantais. « Le principe est de renforcer les capacités des détenus à s’emparer de leur santé », explique Marie Hornsperger, coordinatrice du projet. Outre la tenue régulière d’ateliers, les bénévoles de l’ONG descendent en cour de promenade avec les détenues à la maison d’arrêt des femmes.
Les infirmières et les surveillants sont invités à participer à la construction en commun de solutions, second pilier de cette initiative. Cela a abouti à la rédaction d’un livret d’accueil par les détenues. Objectif ? Réduire le stress de l’incarcération. « Elles ne comprenaient rien au livret distribué par l’administration pénitentiaire. » Relu par cette dernière et par les unités sanitaires, le nouveau document édicte notamment des « codes de conduite », pour une ambiance saine en détention.

(1) Prisons : quelle place pour la prévention de la santé, Inpes, 2014
(2) Auteur de « Infirmier en milieu carcéral », éd. Elsevier Masson, 2009


* http://www.actusoins.com/285389/soigner-prison-prises-charge-specifiques-globales.html


Soigner en prison : Une difficile cohabitation



Le rôle des infirmières, premier contact des détenus avec les soignants, est primordial. Mais la cohabitation entre la Justice et la Santé, reste un point épineux, même si la s’est améliorée depuis la loi de séparation entre ces deux institutions, il y a 22 ans.
Katia, infirmière et Florence, médecin s'apprêtent à visiter les détenus au quartier disciplinaire "le mitard"
© E.Lay. Katia, et Florence, médecin s'apprêtent à visiter les détenus au quartier disciplinaire "le mitard"
On pourrait se croire dans une banale salle de soins, si ce n’est la clameur lointaine des détenus et le crépitement des talkies-walkies. Au-delà de la fenêtre inondée de soleil, un mur coiffé de barbelés barre l’horizon. Le brassard du tensiomètre au bras et la mine pâle, Marco* vient de passer sa première nuit en . Du haut de ses 27 ans, il a l’air d’un gosse apeuré. « Tout s’écroule, remarque Sylvie, infirmière à l’UCSA (unité de consultation et de soins ambulatoires) de la maison d’arrêt de Bois d’Arcy (78). D’autres pleurent, sont apathiques ou agressifs. »
Les infirmiers sont le premier contact des détenus avec l’unité sanitaire. 48 heures au plus tard après l’incarcération, ces derniers bénéficient d’un bilan complet. Un moment privilégié pour installer une relation de confiance. Antécédents médicaux, psychiatriques, radio dentaire, dépistages… Tout est passé en revue, avant que le médecin les reçoive. Ces patients ont droit à la même prise en charge que tout citoyen.
Outre les maisons d’arrêt, comme celle de Bois d’Arcy, où sont enfermés les personnes en attente de procès et les condamnés à des peines inférieures à deux ans, les soignants exercent en établissements pour longues peines, tels que les centres de détention. Ils s’y répartissent entre UCSA – pour les soins somatiques – et SMPR (service médico-psychologique régional) pour les soins psychiques. Des psychologues, des professionnels paramédicaux (kinésithérapeutes, psychomotriciens…) et des médecins spécialistes (dentiste, infectiologue…) y interviennent ponctuellement.

©Natacha Soury. Ce détenu, qui souffre des cervicales - l'état du matelas n'y est pas pour rien -, n'a toujours pas passé de radio : "J'ai refusé d'y aller car on est trop entassés dans le camion qui nous conduit à la maison d'arrêt voisine".
Les unités sanitaires sont par ailleurs organisées en trois niveaux. Les soins ambulatoires et les hôpitaux de jour sont implantés dans les murs des prisons. Troisième niveau, hors des murs, des UHSI et des UHSA (unité hospitalière sécurisée interrégionale, et spécialement aménagée, pour la ) dédiées aux hospitalisations programmées, ont été progressivement créées depuis une dizaine d’années à l’hôpital.
Entre le détenu et le soignant, le surveillant
Centre de détention de Nantes. Brigitte parcourt d’un pas rapide le dédale de couloirs, de grilles et d’escaliers. A peine plus larges qu’un homme, les portes des cellules s’ouvrent sur une odeur indistincte de renfermé et de tabac froid. Accompagnée d’un surveillant, l’infirmière de l’UCSA distribue leurs traitements aux détenus placés à l’isolement et au quartier disciplinaire. Sans jamais se départir de sa bonne humeur.
Les infirmières assurent aussi des consultations, sans les gardiens cette fois. Afin de canaliser le flux des consultations et de responsabiliser les détenus, les patients doivent d’abord écrire ou utiliser le biais de dessins, car 10 % des détenus sont illettrés, et déposer leurs lettres dans des boîtes placées en détention.
l'infirmière distribue les médicaments à la porte des cellules, toujours sous l'oeil du surveillant.
© Natacha Soury. Au quartier disciplinaire (centre de rétention de Nantes) où les détenus sont confinés, l'infirmière distribue les médicaments à la porte des cellules, toujours sous l'oeil du surveillant. L'occasion aussi de vérifier qu'ils vont bien. Ces visites, minutées sont très attendues par les patients.
Mais chaque jour, plusieurs renoncent à leur rendez-vous ou ne peuvent s’y rendre. Entre le détenu et le soignant, il y a en effet deux intermédiaires – les surveillants de l’unité sanitaire et ceux des étages – et la concurrence des activités de la prison : parloirs, douches, ateliers, cour de promenade… Dans un contexte de sous effectif chronique des surveillants et de surpopulation en maison d’arrêt, où les détenus sont enfermés en cellule 22 heures sur 24, les consultations sont difficiles à organiser.
Administration pénitentiaire et santé sont indépendantes depuis la loi de 1994 qui a confié aux hôpitaux les missions de soins et de prévention. Les soignants sont volontaires sur ces postes et salariés de l’hôpital de proximité. Mais l’organisation des soins « reste tributaire de celle de la pénitentiaire et de ses horaires », conclut Marie-Laure, infirmière à l’UCSA de Bois d’Arcy.
Santé et prison : le choc des cultures
La santé croise sans cesse les contraintes sécuritaires de cette administration. « Nous avons des regards et des orientations totalement différents », note Sarah, infirmière au SMPR de la prison des Baumettes, à Marseille. En cas d’urgence vitale, l’évacuation par le Samu est rapide. « Sinon, on doit parfois se bagarrer », lorsqu’un patient a besoin d’un examen complémentaire ou d’une consultation spécialisée dans un service classique de l’hôpital. Car toute extraction comporte un risque d’évasion.
A l'accueil des patients, un détenu vérifie sa prescription avec les infirmières
©Natacha Soury. A l'accueil des patients, un détenu vérifie sa prescription avec les infirmières. Ces allées et venues se font par secteurs, sous surveillance. Aucun prénom ne figure sur les étiquettes des bouses, pour des raisons de sécurité.
Pour les coordonner, secrétaires médicales et infirmières jonglent entre la prescription du médecin, le bon vouloir de la prison, les disponibilités de l’hôpital et des surveillants pénitentiaires affectés aux escortes, voire de la police.
Ce choc des cultures professionnelles s’exprime aussi dans la difficulté à préserver le secret médical. Comment évoquer le mal-être d’un détenu, ou une maladie contagieuse qui nécessite aussi de traiter le codétenu ? Transmettre la juste dose d’information requiert une éthique solide.
Omniprésents, les surveillants sont les premiers interlocuteurs des détenus. Mais leurs grilles de lecture divergent. « Il arrive que nous ignorions des trucs graves, tel un détenu qui se cloitre dans sa cellule et ne se nourrit plus. On ne nous signale que ceux qui sont agités », regrette Sarah.
D’un autre côté, les gardiens sont placés dans des situations qui les dépassent ou les effraient. « Le VIH les fait flipper. Et ils sont très ennuyés par la maladie mentale et le risque suicidaire, qu’ils ont à gérer en détention… Je comprends leurs questions. J’essaye de leur donner des clefs de compréhension, sans indiquer le diagnostic. C’est subtil. Globalement, nous devons mener un travail pédagogique. »
Travailler enfermé
Pause café. Après des moments parfois stressants, la détente pour les infirmières
©Natacha Soury. Pause café. Après des moments parfois stressants, la détente pour les soignants.
Une soudaine agitation naît à l’entrée de l’UCSA de Bois d’Arcy. Des invectives fusent. Une surveillante appelle du renfort. L’incident est vite contenu. « Les détenus sont intolérants à la frustration », commente Marie-Laure, infirmière. Sécurité oblige, les soignants sont souvent équipés d’alarmes. Ils veillent à ne laisser traîner aucun instrument. « Nos patients sont filous : il est arrivé que l’on nous pique de l’alcool à 90° ».
Les prisons sont des huis-clos où tout s’exacerbe. Le bruit, la tension permanente, l’instabilité des humeurs et la pression des patients finit par éprouver les soignants. « Ils nous demandent d’être toujours présents et dans l’empathie. On donne énormément et on se vide un peu », raconte Mathieu, infirmier dans l’UHSA de l’hôpital Paul Guiraud de Villejuif (94). Les groupes d’analyse des pratiques, la solidarité des équipes et des sas de décompression – dans et hors les murs – se révèlent indispensables.
 Emilie Lay
Actusoins magazine infirmierCet article est le premier volet du dossier "Soigner en prison" paru dans le numéro 21 d'ActuSoins (Juin/Juillet/Août 2016).
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Karim*, incarcéré à Bois d’Arcy
Libérable en août, ce détenu souffre d’une entorse grave de la cheville. « Je suis tombé dans l’escalier de l’UCSA alors que je me dépêchais d’aller au sport à cause des blocages. » En effet, dès qu’un groupe de détenus circule en maison d’arrêt, les autres mouvements s’interrompent, pour prévenir les émeutes.
« Je ne sais pas combien de temps je vais rester comme ça. On m’a dit que cela allait être long. Cela m’inquiète… » Il jette un regard las sur son attelle. La douleur, ça me tue. Je dors mal, j’ai perdu plusieurs kilos en trois semaines. Sur mes béquilles, j’arrive au moins 10 minutes en retard aux parloirs. »
J’effectue des démarches auprès d’un employeur, en vue de ma sortie, mais cette entorse me pénalise. On me laisserait sortir pour faire quoi ? ». Depuis notre venue, Karim a finalement obtenu sa remise de peine.
Sarah, infirmière aux Baumettes : « place au dialogue »
Dans l’unité d’hospitalisation de psychiatrie des Baumettes (Marseille), encore située au sein des murs de la prison, Sarah, infirmière de nuit, a retrouvé du calme et du sens. « Quand je délivrais la méthadone en détention, je passais mon temps à apaiser des patients, menacés par les codétenus dans une cellule de 9 m². On donnait des anxiolytiques, au lieu de travailler sur l’addiction. Il me semblait n’être là que pour colmater les brèches ouvertes par la prison. » Pour supprimer la souffrance psychique, l’infirmière consacre désormais beaucoup de temps à discuter au fenestron avec ses patients.
En dépit de ses exigences, l’exercice en milieu carcéral accorde une large place au dialogue. Il confronte à une « altérité enrichissante. On y réalise aussi que tout un chacun peut dérailler à un moment de sa vie. En obligeant à de l’ouverture et de la bienveillance envers n’importe qui, le soin rend le soignant meilleur. »
 * Les prénoms ont été changés